ALLOCUTION DE SEM ISSOUFOU MAHAMADOU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU NIGER A L’OCCASION DE LA REUNION D’ALLOCATION DES RESSOURCES DU FONDS MONDIAL POUR L’EDUCATION

Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Monsieur le Président de la Banque Mondiale,
Madame la Présidente du Conseil d’Administration du Partenariat Mondial pour l’Éducation,
              Mesdames et Messieurs,
                      
Permettez-moi de remercier le Président Macky Sall et le Président Emmanuel Macron pour leur initiative conjointe de nous inviter sur cette terre de la Téranga, pour échanger au plus haut niveau sur la problématique de l’éducation, un thème de préoccupation au niveau mondial.
L’éducation est au centre du programme de renaissance du Niger que le Gouvernement met en œuvre avec beaucoup de succès depuis bientôt sept (7) ans, en dépit des défis sécuritaires auxquels nous sommes confrontés. Les enjeux politiques, économiques et sociaux de l’école justifient qu’elle soit au centre de notre programme. L’école constitue, dans le cadre de ce programme, un vecteur de la renaissance culturelle en vue de la modernisation politique, économique et sociale de notre pays.
              Sur le plan politique, notre objectif est de construire des institutions démocratiques fortes. Pour cela nous avons besoin de citoyens éclairés, capables d’opérer, par exemple à l’occasion d’élection, des choix rationnels. Pour paraphraser Jules Ferry, l’école doit chasser les utopies des esprits, émonder les idées fausses, faire entrer dans l’esprit de l’enfant des idées vraies sur la société où il doit vivre, sur ses droits et sur ses devoirs, elle doit faire  de l’enfant un citoyen capable de juger les choses par lui-même et d’avoir sa propre opinion. Elle doit donc éduquer en inculquant aux enfants, les vertus civiques, les valeurs d’éthique et de citoyenneté. Voilà pourquoi le programme de renaissance s’est fixé pour objectif l’école gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de seize (16) ans.

                     Mesdames et Messieurs,
                             L’objectif de l’école gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans répond également à un impératif social : l’école doit être un ascenseur social pour tous les enfants. Elle doit favoriser l’égalité, notamment celle du genre. Celle-ci constitue une de nos préoccupations majeures, car maintenir la jeune fille à l’école, au moins jusqu’à l’âge de seize (16) ans, c’est contribuer à la création des conditions de la transition démographique dont le Niger a tant besoin. Par ce biais, en effet, on met fin aux mariages précoces et donc aux naissances précoces.   
           
                           Mesdames et Messieurs,
                         Les jeunes de moins de vingt-cinq (25) ans constituent 75% de la population du Niger. Nous avons donc une structure démographique où le nombre de personnes actives est potentiellement largement supérieur au nombre de personnes à charge. Pour réaliser ce potentiel, pour le transformer en dividende économique, pour que la jeunesse de notre population soit un avantage et non un handicap, nous avons décidé de mettre l’accent sur la formation professionnelle et technique, celle des jeunes filles y compris. Pendant ces sept (7) dernières années nous avons obtenu dans ce domaine des résultats sans précédent : le poids de la formation professionnelle et technique dans l’enseignement est passé de 8% en 2010 à 25% en 2016. Notre ambition est de le porter à 40% en 2021.  

      Mesdames et Messieurs,
                    Notre ambition ne se limite pas à l’école gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans, ni à la formation professionnelle et technique : le programme de renaissance du Niger a beaucoup d’ambition pour l’enseignement supérieur. Ainsi, en sept (7) ans, nous avons doublé le nombre d’universités, le faisant passer de quatre (4) à huit (8), nous avons recruté plusieurs centaines d’enseignants chercheurs et technologues, triplé le nombre d’étudiants boursiers et le montant des bourses. En 2021, notre objectif est de doubler l’effectif des étudiants (boursiers et non boursiers) par rapport à 2016. Notre objectif est aussi de faire passer l’effectif des étudiantes de 34% en 2015 à 40% en 2021.
Au-delà du développement quantitatif de l’enseignement supérieur, notre objectif est d’en améliorer la qualité. Celle-ci, nous en sommes conscients, dépend de la qualité des autres niveaux d’enseignement, primaire et secondaire. A ces deux niveaux, nous sommes engagés dans un programme de réformes allant de l’amélioration de la formation des formateurs à l’introduction de l’enseignement des langues nationales qui, on le sait, facilite l’apprentissage.

                         Mesdames et Messieurs,
                      L’initiative « 3N », les « Nigériens Nourrissent les Nigériens » est l’une des huit (8) priorités du programme de renaissance. Cette initiative, dont la mise en œuvre  nous a déjà permis d’endiguer les risques de famine liés au changement climatique dont les phénomènes extrêmes d’inondation et de sécheresse sont bien connus, vise « la faim zéro » en 2021. Pour ce faire, il est envisagé une transformation du monde rural qui passe par la formation des producteurs ruraux. Aussi, le Gouvernement a-t-il conçu un programme d’alphabétisation fonctionnelle des adultes qui en prévoit la formation d’un demi- million chaque année.
                                                
Mesdames et Messieurs,  
            L’homme, dit-on, est le capital le plus précieux. Il doit être éduqué et instruit, c’est une des conditions du développement politique, économique et social de tout pays. Nos ambitions en matière d’éducation et d’instruction sont bien définies mais nous sommes confrontés à un problème majeur : celui du financement. À tous les niveaux d’enseignement nous sommes confrontés à des besoins immenses  dans les domaines des infrastructures  scolaires, des équipements, des fournitures, de la formation et du recrutement des formateurs. L’acuité du problème est aggravée, s’agissant du Niger, par l’obligation dans laquelle nous sommes d’affecter au secteur de la sécurité, ce bien mondial, 15% de nos ressources budgétaires. Aussi, notre présente conférence, qui se penche sur l’examen des conditions d’accès à l’école  à   825 millions de jeunes, doit-elle porter une attention particulière à la situation des pays comme le Niger dont le Gouvernement a consacré, à ce secteur, en moyenne  20% (le programme de renaissance prévoyait 25%)  des ressources budgétaires représentant près de 80% des dépenses du secteur, le reste, soit 20%, étant assuré les communes, les particuliers et la coopération bilatérale et multilatérale. C’est le lieu de remercier tous nos partenaires techniques et financiers.

                 Mesdames et Messieurs,
                       Dans le droit fil de la Conférence des Nations Unies de Septembre 2017 qui a eu pour thème « financer l’avenir : éducation 2030 », il s’agit, ici à Dakar, de plaider pour un accroissement des ressources financières du Partenariat Mondial pour l’Éducation. C’est le lieu de rappeler que c’est ici à Dakar qu’il a été pris, par les parties signataires du Cadre d’Action de Dakar, l’engagement qu’aucun pays déterminé à créer les conditions de l’éducation pour tous ne manque de ressources. Le Niger s’est fixé un objectif ambitieux de mobilisation de ressources internes en faveur de l’école, mais en  dépit de cette détermination, il fait face à une insuffisance de ressources pour réaliser son programme d’éducation et de formation. Aussi, lançons-nous un appel à tous nos partenaires pour qu’ils accroissent leur soutien au Niger.                                                              

Je vous remercie./.
 

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