DISCOURS DE S.E.M. MAHAMADOU ISSOUFOU, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, CHEF DE L’ETAT. LORS de l’OUVERTURE du premier forum CEDEAO sur l’Education à la Culture de la Paix à travers le Dialogue Intra et Interreligieux

Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée nationale
Excellence Monsieur le Premier Ministre
Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions de la République ;
Sa Majesté Alhaji Saad Mahamadu Abubakar III, Amirul Mumineen et sultan de Sokoto ;
Son Eminence cardinal John
Onaiyekan, Archevêque catholique du diocèse d’Abuja ;
Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement ;
Honorables députés ;
Monsieur le Président de la Commission de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ;
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs ;
Mesdames et Messieurs les responsables des Organisations Sous-Régionales, Régionales et Internationales ;
Excellence monsieur le Secrétaire Exécutif du NEPAD ;
Honorables Chefs Traditionnels et leaders religieux

Mesdames et Messieurs,

Le Niger est particulièrement honoré d’abriter aujourd’hui, le premier forum de la CEDEAO sur l’Education à la Culture de la Paix à travers le Dialogue Intra et Interreligieux.

Je voudrais souhaiter la chaleureuse bienvenue à l’ensemble de nos hôtes, qui nous ont fait l’insigne honneur de leur présence à cette grande rencontre de Niamey.

J'exprime tout particulièrement ma reconnaissance à l'endroit de sa Majesté Alhaji Saad Mahamadu Abubakar III, Amirul Mumineen et sultan de Sokoto et de Son Eminence cardinal John Onaiyekan, Archevêque du diocèse d’Abuja pour avoir promptement accepté d’être les parrains des travaux du présent Forum.

Je salue aussi le Président de la Commission de la CEDEAO, qui, dès sa prise de fonction, a donné une priorité à la tenue de ce forum, montrant ainsi son attachement personnel aux idéaux de la paix.

Je salue également le Secrétaire Excéutif du NEPAD, notre compatriote Ibrahim Mayaki, pour avoir accepté d’apporter son expérience et ses connaissances à la réussite du présent événement .

Je témoigne aussi ma gratitude à la Fondation Stromme qui, soucieuse d'une paix durable dans l’espace communautaire voire dans le monde, a accepté d'accompagner financièrement cette initiative.

Mesdames et Messieurs,

Certaines régions de notre continent et du monde sont confrontées aux menaces terroristes. C’est le cas en particulier de la zone Sahélo-Saharienne, et du bassin du Lac Tchad. Dans ces régions, des gens tuent, violent, oppriment au nom de l’Islam. Ailleurs, on assiste à l’instrumentalisation d’autres religions à des fins politiques, économiques ou sociales. Au regard de ce contexte difficile, le thème Education à la Culture de la Paix à travers le Dialogue Intra et Interreligieux est plus que jamais d’actualité. C’est un thème de plus en plus récurrent dans les rencontres internationales. Des organisations internationales comme la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix se mettent en place un peu partout dans le monde. Il est donc normal que nous puissions au niveau de l’espace CEDEAO, réfléchir à l’Education à la Culture de la Paix à travers le Dialogue Intra et Interreligieux.

Mesdames et Messieurs,

Un proverbe Rwandais ne dit-il-pas : « la maison qui ne parle pas meurt » ? Les fidèles à l’intérieur de chaque religion doivent se parler, doivent communiquer. Le dialogue intra religieux est une source d’enrichissement et une occasion pour approfondir et maitriser sa propre religion. Le Prophète (PSL), ne disait-il pas que la diversité d’opinions au sein de la communauté est une bénédiction ?

Le dialogue interreligieux quant à lui peut permettre d’atteindre les mêmes objectifs. À condition qu'il ne soit pas perçu comme un moyen de fusionner les religions en une religion unique, ce qui serait du syncrétisme, ni l'occasion de faire du prosélytisme. Il exige respect et reconnaissance de l’autre. Il exige aussi ouverture d’esprit et absence de dogmatisme. Le dialogue interreligieux doit, pour être fructueux faire cohabiter les religions afin qu'elles puissent se féconder les unes les autres et que chacun puisse approfondir sa propre religion et contribuer à la tolérance et à la paix.

Du reste, toutes les religions monothéistes proclament la paix et la tolérance. Cela n'est pas étonnant car elles sont toutes issues des mêmes racines, du même tronc : elles sont toutes les religions d'Abraham et de Moise. Jésus n’a-t-il pas dit «si on vous gifle la joue droite, tendez la joue gauche » ?
L’apôtre Paul nous exhorte à supporter patiemment les autres en dépit de leurs erreurs :«En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour.» (Bible chapitre Ephésiens 4.2).
S'agissant de la religion musulmane, rien que la psychose de la terreur ou "Fitna " est plus grave que le meurtre "Fitna achadou min al katl".

Le Coran n’a-t-il pas dit : « Lâ ikrâta fî d-dîni » « Pas de contrainte en matière de religion » (sourate La Vache verset 256.). De même ne dit-il pas “Si ton Seigneur voulait, tous ceux qui sont sur la terre, tous, croiraient. Est-ce à toi de contraindre (krh) les gens à être croyants ? Il n’est en personne de croire, que par la permission de Dieu.” sourate 10 verset 99.
Il faut mentionner encore le verset 32 de la sourate 5 cité habituellement de manière raccourcie : “Quiconque tuerait une personne, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité”. L’Islam a une tradition d’ouverture et de tolérance. La tradition islamique classique part du principe qu’il n’y a pas de foi sans raison et que la raison a besoin de connaître ses limites. Sur le chemin de la paix, la foi est notre lumière, et la raison notre boussole.

Mesdames et Messieurs,

Le dialogue intra et interreligieux est un thème d’actualité. Il est nécessaire au regard de la crise des valeurs de la modernité, et de la mondialisation qui a pour conséquence le brassage des populations.

Ce dialogue a des conditions : il est nécessaire que chacun s'y engage avec humilité car il n’aurait aucun sens si les interlocuteurs sont convaincus de détenir chacun la vérité absolue. Il est également nécessaire que chacun affirme son identité, ses valeurs, sa spiritualité. C'est dire qu'il faut à la fois éviter l'orgueil et l'effacement. Être orgueilleux c'est estimer n'avoir rien à apprendre ni à recevoir. S'effacer c'est oublier que sa religion porte une vérité qu'il faut savoir communiquer et expliquer. Pour que le dialogue soit fécond, il faut approfondir les connaissances qu'on a de nos religions. Le prophète (PSL) ne disait-il pas qu'il faut chercher la connaissance jusqu'en Chine, et qu'il faut apprendre du berceau à la tombe ? Un compatriote Nigérien, Malam Djibril, par ailleurs professeur du Sheikh Ousmane dan Fodio, disait: « les gens qui sont ignorants ou qui ont un savoir limité pensent qu'ils sont musulmans, en réalité ils ne le sont pas ». C’est pourquoi il est indispensable d’enseigner à tous les niveaux l’histoire des religions.

Mesdames et Messieurs,

Votre présence en aussi grand nombre à ce forum nous rassure et augure, à n'en point douter, de la qualité des débats et de la richesse de vos contributions respectives afin qu'ensemble, nous trouvions une issue porteuse face aux dérives religieuses qui compromettent le vivre ensemble auquel nous aspirons tous.
Aujourd’hui, le terrorisme radical dont la ligne directrice a une connotation religieuse a pris une envergure dans l’espace CEDEAO et une partie de la Communauté des Etats de l’Afrique Centrale, obligeant nos Etats à utiliser les moyens militaires pour y faire face.

Il apparait clairement que le thème que vous allez aborder est aussi actuel que vaste et complexe. Il requiert un examen sous divers angles. La présence parmi nous d'experts et de personnes ressources de réputation internationale est un atout important en ce qu’ils nous feront part de leurs réflexions et tenteront d'apporter un éclairage original sur les sous- thèmes et les thèmes qui seront traités dans les différents panels du présent forum.

Mesdames et Messieurs,

Les Nations Unies définissent la Culture de la Paix comme « un ensemble de valeurs, attitudes, traditions, modes de comportements et manières de vivre basés sur le respect pour la vie, l’éradication de la violence, la promotion et la pratique de la non-violence à travers l’éducation, le dialogue et la coopération » avec en filigrane, le respect total pour et la promotion de tous les droits humains et les libertés fondamentales et le respect pour et la promotion du droit au développement.

A partir de cette définition nous pouvons affirmer avec certitude que la paix est un concept qui va au-delà de l’absence de la guerre. Elle se traduit par la vie ensemble, en harmonie avec nos différences de religion, langue, statut social, race, culture, sexe, etc., dans le respect des droits fondamentaux des uns et des autres en tant qu’êtres humains.

De même, il n’est un secret pour personne que la paix ne doit jamais être considérée comme un acquis, mais s’inscrit dans un processus continuel qui doit être cultivé et nourri par toutes et par tous.

Avec comme principal résultat attendu la déclaration de Niamey, les recommandations et résolutions concrètes qui sortiront de vos réflexions feront l’objet d’attention particulière de la part de nos Etats respectifs .
Avant de terminer mes propos je voudrais encore une fois réitérer nos remerciements à toutes les personnalités qui ont accepté d’être membres du comité international d’organisation de ce premier forum et qui malgré leur calendrier on ne peut plus chargé, ont accepté de se joindre à nous.
Sur ce je déclare ouvert le premier forum sur l’Education à la Culture de la Paix à travers le Dialogue Intra et Interreligieux.

Je vous remercie de votre aimable attention

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