DISCOURS DE SON EXCELLENCE MONSIEUR ISSOUFOU MAHAMADOU, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU NIGER CHAMPION DE L'UNION AFRICAINE POUR LA ZONE DE LIBRE-ECHANGE CONTINENTALE, A L’OCCASION DE LA TROISIÈME RÉUNION DES MINISTRES AFRICAINS DU COMMERCE

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Premier Ministres,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions de la République,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Monsieur le Commissaire Chargé du Commerce et de l'Industrie, de la Commission de l'Union Africaine,

Mesdames et Messieurs les Chefs des Missions Diplomatiques et Consulaires,

Mesdames,  Messieurs.

 

Je voudrais avant tout propos souhaiter la bienvenue aux participants à cette  troisième réunion des Ministres africains du Commerce sur la zone de libre-échange continentale. Le Niger et son peuple sont fiers et heureux  d’abriter cette importante rencontre consacrée à la promotion du  développement économique et social et à l’accélération de l’intégration de notre continent.

 

Le Président Kwame Nkrumah, un des pères fondateurs de l’organisation de l’unité Africaine, ancêtre de l’Union Africaine actuelle, disait parlant de l’avenir de notre continent : « l’Afrique doit s’unir ou périr ».  Chaque fois que je regarde la carte de l’Afrique avec ses 54 Etats, j’ai l’impression de regarder un miroir brisé et je mesure la justesse des propos de ce grand leader Africain.

 

Les chefs d’Etat et de Gouvernement Africains ont pris conscience, certes avec un peu de retard, de la nécessité de l’union des  Etats  du continent, et ont engagé un certain nombre d’initiatives dans ce sens, notamment la transformation institutionnelle de l’organisation de l’unité Africaine en Union Africaine et l’élaboration d’un cadre stratégique de développement à long terme dénommé Agenda 2063. L’Agenda 2063 est une vision à long terme qui fixe les objectifs à atteindre par le continent, en 2063,  année du centième anniversaire de la création de l’organisation de l’unité Africaine.

 

L’Afrique, a en effet besoin d’accélérer la mise en œuvre des engagements de la vision 2063, qui constitue désormais le but commun vers lequel doivent tendre toutes les actions.

 

 

L’avenir que nous voulons pour l’Afrique est bien défini. En effet nous nous sommes solennellement engagés à atteindre les aspirations suivantes :

 

-         Une Afrique prospère fondée sur la croissance inclusive et le développement durable ;

-         Un continent intégré, uni sur le plan politique et ancré dans les idéaux du panafricanisme et la vision de la renaissance africaine ;

-         Une Afrique où bonne gouvernance, démocratie, respect des droits de l’homme, justice et état de droit sont à l’ordre du jour ;

-         Une Afrique vivant dans la paix et dans la sécurité ;

-         Une Afrique dont le développement est axé sur les populations, qui s’appuie sur le potentiel de ses populations, notamment celles des femmes et des jeunes, qui se soucie du bien-être des enfants. Et

-         Une Afrique qui agit en tant qu’acteur et partenaires forts, unie et influente sur la scène mondiale.

 

 

C’est  justement pour répondre à ces aspirations que nous avons notamment décidé de la création de la Zone de Libre Echange Continental (ZLEC) d’ici la fin de l’année 2017. Une zone de libre-échangeest un espace économique dans lequel des États membres éliminent entre eux les droits de douaneainsi que les restrictions quantitatives à l'importation. Avec la mise en place de la ZLEC, l’Afrique toute entière, ne sera qu’un marché unique de 1,3 milliards de consommateurs où les produits circulent et s’échangent librement. La ZLEC constituera un cadre harmonisé de production et de commercialisation en mesure de booster la croissance de l’ensemble des Etats du continent. L’Afrique pourra réaliser son ambition de transformation locale de ses matières premières et d’amélioration de son poids dans le commerce mondial.

 

 Du fait de l’importance accordée à ce projet, l’Union Africaine en a fait le premier objectif de son Agenda 2063, et les chefs d’Etat et de Gouvernement portent à sa réalisation une attention particulière. C’est à ce titre qu’ils m’ont fait l’honneur de me désigner champion pour ce projet, c’est-à-dire responsable du suivi de sa préparation à son achèvement, à charge de leur rendre compte lors de nos rencontres au sommet.

 

C’est une responsabilité exaltante qui m’honore et que j’ai acceptée avec le plus grand plaisir car je sais que je peux compter sur votre engagement personnel en tant que Ministres chargés de la promotion du commerce dans vos pays respectifs ainsi que sur le soutien de Chefs d’Etat et de Gouvernements africains.

 

 C’est une charge dont je mesure la gravité au regard des contraintes spécifiques auxquelles pourraient faire face certains pays du continent sur cette question, mais je ne doute pas que la volonté d’intégration des peuples africains primera sur les intérêts particuliers des Etats et sera la boussole qui vous guidera pour  progresser rapidement vers l’atteinte de notre objectif, celui de soumettre à la sanction des autorités de l’union Africaine un projet de protocole consensuel à l’échéance de Décembre 2017.

 

   Mesdames et Messieurs,

 

 Votre réunion d’aujourd’hui constitue par conséquent une étape cruciale pour la concrétisation de la décision des Chefs d'État et de Gouvernement de l'Union Africaine de janvier 2012, relative au Plan d'action pour le renforcement du commerce intra-africain, qui a convenu d'une feuille de route pour la création d'une Zone de Libre-échange Continentale  à l’horizon 2017.

 

Vous avez entre vos mains les conclusions du Forum de négociations de libre échange qui, après six sessions, vous a soumis ses propositions sur le Protocole portant création de la Zone de Libre-Echange Continentale. Il vous appartient de les examiner de manière approfondie, pour apporter le cas échéant, les améliorations nécessaires.

 

Je ne doute pas que vous allez adopter une méthodologie de travail dynamique qui vous permettra de faire de grandes avancées afin que, à  la quatrième session que vous prévoyez de tenir ici à Niamey, au mois d’octobre prochain, vous puissiez  finaliser le projet de protocole,  atteignant ainsi à temps l’objectif de la haute mission qui vous a été assignée.

 

 

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Nous pouvons mettre fin au  paradoxe d’une Afrique qui regorge d’énormes ressources naturelles et dont les populations sont les plus pauvres du monde, une Afrique exportatrice de matières premières sans aucune transformation et dont les pays sont victimes de la détérioration des termes de l’échange, une Afrique dont la contribution au commerce mondial est marginale. Il suffit tout simplement d’avoir  foi dans l’entreprise commune consistant à rassembler les 54 Etats africains dans une zone de libre-échange Continentale, avec un marché de plus d’un milliard d’habitants et un Produit Intérieur Brut de plus de 3400 milliards de dollars.

 

Notre devoir sera alors, en tant qu’africains, de nous investir davantage sur nos propres priorités, sur notre propre marché, et de sortir nos économies de l’extraversion qui les a trop longtemps caractérisée. Et, à cet égard, la jeunesse et les opportunités  offertes par l’économie numérique représentent justement des éléments clés pour créer une nouvelle économie de la production fondée sur le développement  des start-ups propres à élargir la classe moyenne africaine et le développement du continent.

 

 

Il est aujourd’hui déplorable de constater que le commerce intra africain ne dépasse pas 13% des échanges globaux de l’Afrique, faute de filières industrielles endogènes à même de satisfaire les marchés intérieurs. Selon l’Organisation Mondiale du commerce, la part des exportations de l’Afrique destinées à ses propres marchés, ne représentent que 17,7% du total en 2014, contre 36% vers l’Europe et 23% vers l’Asie.

 

La Zone de Libre Echange Continentale pourrait contribuer à développer le commerce intra africain, à améliorer la compétitivité au niveau de l’industrie et des entreprises, en exploitant les possibilités d’une production à grande échelle, l’accès aux marchés continentaux, et une meilleure réaffectation des ressources. Elle constitue,  par conséquent, l’une des conditions de l’affirmation de la place de l’Afrique dans l’Economie mondiale.

 

 

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

         L’Afrique s’est résolument engagée dans la voie de son développement économique et social, en adoptant des stratégies volontaristes dans ce sens, dont la lame de fond est l’Agenda 2063. C’est une vision qui est en phase avec les autres initiatives mondiales et en particulier les Objectifs du Développement Durable des Nations Unis.

 

         La bonne gouvernance constitue désormais une exigence que les citoyens africains mettent en avant pour désigner leurs dirigeants et mettre en place les  institutions qu’ils choisissent. Les conséquences de ce choix par les africains ont abouti à une relative stabilité économique dans le cadre des communautés économiques régionales africaines. Cette situation démontre la pertinence des politiques d’intégration de nos pays et la nécessité de la conforter pour garantir nos pays contre les chocs exogènes. Il est en effet incontestable que l’insécurité et le terrorisme, les migrations illégales et les trafics criminels d’êtres humains, qui  sapent nos efforts de développement économique et social, seront plus efficacement combattus par des pays africain prospères et  intégrés.

 

         Il est heureux de constater le niveau élevé d’intégration atteint par les pays africains, au niveau de certaines de nos communautés économiques régionales. Certaines, parmi elles, sont dans une dynamique tripartite, comme c’est le cas au niveau de l’Afrique de l‘Est, australe et centrale, avec l’accélération de la coordination du processus d’intégration entre le Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe (COMESA), la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), et la Communauté de l’Afrique de l’Est (’EAC). C’est ce même esprit qui prévaut au niveau de la CEDEAO, où les efforts d’intégrations sont réels, avec la libre circulation de personnes et des biens et la volonté d’approfondir le processus, y compris en accélérant la mise en place d’une monnaie unique.

 

         C’est dire, Mesdames et Messieurs les Ministres, que les bases de l’intégration africaine à travers le libre-échange continental sont déjà jetées. Il s’agit pour nos pays de garder ce cap qui nous est prescrit par l’Agenda 2063. Il s’agit de renforcer notre engagement dans nos communautés économiques régionales et d’aborder les prochaines étapes de l’Union douanière et de l’Unité de notre continent.

 

Nous pouvons donc être fiers de contribuer ainsi au processus d’intégration de notre continent. Les Ministres de Commerce que vous êtes sont les artisans de cette transformation qualitative de la place de l’Afrique dans le commerce mondial, une place qui tiendra désormais compte du poids véritable de l’Afrique et des africains dans la création de la richesse globale et, par voie de conséquence,  de l’influence du continent sur la scène internationale.

 

Avant de terminer mon propos, je tiens à remercier chacun et chacune de vous pour  votre dévouement au service de l’Afrique, qui vous a permis  d’atteindre dans des délais très courts, le niveau actuel d’avancement dans l’exécution de la mission qui vous a été confiée.

 

Je voudrais aussi vous exprimer l’engagement du gouvernement nigérien à adhérer aux décisions communes qui seront adoptées par nos instances continentales sur la zone de libre-échange continentale. Le Gouvernement nigérien est, en cela, en phase avec les aspirations profondes du peuple nigérien, qui est un fervent partisan de l’intégration. Je ne doute pas que les populations africaines sont animées du même esprit d’unité et d’engagement.

 

Sur ce je déclare ouverte la troisième session de la réunion des Ministres Africains du Commerce sur la zone de libre-échange continentale.

 

 

Je vous remercie de votre attention.

 

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