Discours

Mot introductif de son excellence monsieur Issoufou Mahamadou, président de la république du Niger, chef de l’État, à l’ouverture du forum des investisseurs privés

Mesdames et Messieurs, Chers amis,
Je voudrais souhaiter la bienvenue et exprimer les remerciements du peuple nigérien  aux participants à la présente session du Forum des investisseurs, organisé dans le cadre de la Conférence de la Renaissance pour la mobilisation des ressources financières nécessaires à la mise en œuvre du Plan de Développement Economique et Social (PDES) 2017-2021 du Niger.
Comme je le disais hier à l’ouverture des travaux de la Table Ronde, ma profonde conviction est qu’une croissance économique dynamique et génératrice d'emplois décents, source de transformation structurelle de notre économie, exige la modernisation et la dynamisation du secteur privé.
Cette dynamisation passe nécessairement par l’inversion de la tendance actuelle où le secteur privé moderne ne crée qu’un emploi sur quatre au Niger.
C’est cette ambition que porte le PDES 2017-2021.
De manière concrète, il s’agira d’instaurer un véritable partenariat stratégique entre l’Etat et le secteur privé de nature à permettre à notre pays de réussir le passage d’une économie quasi agraire à une économie post agraire seule à même de créer de manière durable et soutenue les richesses et les emplois permanents et décents indispensables pour l’épanouissement économique, social et culturel de notre peuple.
Pour la réussite de ce partenariat stratégique, nous sommes conscients que l’Etat a un rôle majeur à jouer par la création des conditions en vue de la promotion du secteur privé. C’est dans cette perspective que le Plan de Renaissance prévoit des réformes ambitieuses à réaliser. Il s’agit principalement de la consolidation du cadre macro-économique et financier, du renforcement de la gouvernance, de la paix et de la sécurité, de l’amélioration du climat des affaires, du développement des infrastructures de base de qualité ainsi que de l’insertion harmonieuse dans la dynamique d’intégration économique régionale.
Aujourd’hui, je puis vous assurer, en dépit d’un contexte sécuritaire difficile, que la sécurité des personnes et des biens est garantie au Niger grâce aux efforts fournis pour renforcer les capacités de nos forces de défense et de sécurité. C’est ce que confirme un sondage de l’Etude Nationale d’évaluation d’Indicateurs Socioéconomiques et Démographiques organisée par L’INS, sondage dans lequel  81% des personnes interrogées se disent satisfaites de la situation sécuritaire qui prévaut dans le pays, en milieu urbain comme en milieu rural. Aussi, plus de 77% de ces personnes ont-elles émis des avis favorables sur la forte capacité de l’Etat à protéger les personnes et les biens. Notre région sera davantage sécurisée grâce à la mise en place de la force conjointe du G5 sahel. Aujourd’hui, on peut investir  au Niger,  exploiter et rentabiliser ses investissements en toute sécurité.

 

Au plan macro-économique, les performances enregistrées depuis 2012, illustrées par un taux moyen de croissance annuelle de 6,7%, seront consolidées avec des prévisions de croissance  sur la période du PDES 2017-2021  de 7,3% en moyenne. Cette croissance sera soutenue par tous les secteurs : primaire, secondaire et tertiaire. Le taux d'investissement de 24,4% en moyenne sur la période 2000-2010, sera porté à un niveau élevé de près de 33% sur la période du PDES grâce l’effort attendu du secteur privé.
Le climat des Affaires, pour lequel le Niger est considéré comme un des pays les plus réformateurs sera davantage amélioré. Du reste je continuerai à présider personnellement les réunions du Comité chargé de la mise en œuvre des réformes y relatives. Cette dynamique de réformes sera accélérée car mon objectif est de placer le Niger dans le top 5 des pays africains et parmi les 50 meilleures économies à l’horizon 2021 dans le classement Doing Business. Un plan d’actions à court et à moyen terme est mis en œuvre avec l’appui des partenaires techniques et financiers. Dans ces conditions, je demeure convaincu que cet objectif est à notre portée.
Nous sommes absolument déterminés à poursuivre et à intensifier les efforts pour améliorer le climat des affaires et promouvoir une plus grande participation du secteur privé à l’économie, notamment en supprimant les goulots d’étranglement qui lui font obstacle et en assurant une égalité des chances pour tous les investisseurs.
De même,  d’importantes réformes sont mises en œuvre pour garantir la sécurité juridique, par le renforcement l’efficacité, l’impartialité et l’indépendance du système judicaire. Tel est le sens de la création du tribunal de Commerce de Niamey, qui en moins d’un an, a fait preuve de son efficacité.
En outre, pour permettre aux investissements privés de prospérer, des amendements ont été apportés au  Code des investissements, au code d’électricités et au code minier. En matière d’énergie, des investissements importants sont en cours pour augmenter significativement notre capacité de production, de transport et de distribution de l’électricité pour mieux répondre aux besoins de notre pays mais aussi exporter vers les pays voisins.
Nous avons massivement investi dans l’éducation, la formation professionnelle et technique et les technologies de l’information et de la communication, qui sont des vecteurs incontournables pour le développement économique et le développement des investissements privés.
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais mettre un accent particulier sur l’économie numérique compte tenu de son importance dans la création d’immenses opportunités  d’investissements. En effet, nous sommes déterminés à créer un environnement favorable à l’éclosion d’une Economie Numérique Nationale inclusive et compétitive. Des actions stratégiques sont d’ores et déjà prises dans ce sens et consistent :
- à créer un cadre d’incitation et de promotion de l’entrepreneuriat jeunes dans les activités TIC, qui aura pour mission la restructuration de l’économie numérique en vue d’accroître sa part dans la structure du PIB ;
- à parachever la construction de la dorsale nationale et des interconnexions internationales en fibre optique en vue d’assurer aux consommateurs un meilleur accès aux services de qualité et un accès dans les huit chefs-lieux de région de notre vaste pays et de soutenir le secteur privé à travers la création de plusieurs incubateurs d’entreprises ;
- à développer des contenus et applications adaptés aux besoins des populations notamment dans les domaines de la santé, de la gestion, de la communication et de l’agriculture;
- à renforcer les capacités des ressources humaines sur tous les aspects de l’Economie Numérique en commençant par en faire une priorité de la formation professionnelle continue ;
-à introduire dans l’enseignement primaire et secondaire l’utilisation des nouvelles technologies de l’information avec une gratuité de la connexion internet dans les universités.
Le Niger est depuis peu, membre de l’Alliance Smart Africa, Alliance qui fait la promotion des TIC et de la jeunesse, Alliance au sein de laquelle nous comptons jouer un rôle très actif à travers le lancement de l’initiative “Village Intelligent”. Cette initiative vise notamment à réduire de façon significative la fracture numérique qui existe entre nos villes et nos villages, où vivent plus de 80% de notre population.
Mesdames et Messieurs, chers amis,
Je ne saurais passé sous silence notre ambition de modernisation du monde rural, comme second pilier important du plan de la renaissance, qui portera sur l’utilisation de techniques culturales modernes, l’accès à l’eau, aux chaines de valeur des productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques en ligne avec les orientations de l’Initiative 3N, à l’énergie, aux infrastructures et services économiques tels que les TIC, aux crédits, à l’artisanat. Avec un secteur agricole plus productif et un développement des infrastructures de base, il est attendu l’émergence d’une économie dynamique capable d’offrir les opportunités aux investisseurs dans lesquelles les initiatives privées et partenariat public-privé pourraient voir le jour. Notre ambition est d’accroître la valeur ajoutée de nos produits de base exportés.
Le Niger est résolu à tirer le meilleur parti de son appartenance aux organisations d’intégration régionale et sous régionale que sont la CEDEAO et l’UEMOA, à travers  un vaste marché régional. C’est pourquoi, nous nous attelons, en collaboration avec les autres Etats, à la réalisation d’infrastructures à caractère régional telles que le projet de la boucle ferroviaire Cotonou/Niamey/Ouagadougou/Abidjan qui permettra, le développement des échanges économiques dans la région et le désenclavement de nos pays, d'exploiter toutes leurs potentialités économiques, d'améliorer la compétitivité de nos économies, grâce à la baisse des coûts de transport, et par suite, des coûts de production.

 

Mesdames et Messieurs,
Toutes les réformes que nous conduisons pour l’amélioration du climat des affaires, le recentrage de l’Etat sur ses fonctions régaliennes, la mise en œuvre de la directive de l’UEMOA relative au budget programme, le développement des chaines de valeurs des produits minier et pétrolier ainsi que les agro-industries et les infrastructures et services économiques vont concourir à l’accélération de la croissance dans le pays.
Au cours de ce forum des investisseurs privés, vous échangerez en profondeur sur les réformes pour l’amélioration du climat des affaires réalisées par le gouvernement ainsi que les opportunités d’affaires, plus particulièrement dans les domaines de l’agro-industrie, des industries extractives, des infrastructures énergétiques, des transports et de télécommunications.
Les éclairages qui vous seront donnés au cours de cette journée vous amèneront, je le souhaite ardemment, à vous engager résolument à nos côtés pour investir massivement au Niger. Les nigériens vous attendent avec leur hospitalité légendaire.
Sur ce, je déclare ouverts les travaux du forum des investisseurs dans le cadre de la  conférence de la Renaissance du Niger.
Je vous remercie !

 

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Discours de Son Excellence Monsieur ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République du Niger, Table Ronde pour la mobilisation de financements pour la mise en œuvre du Plan de Développement Economique et Social du Niger

Excellence, Monsieur Idriss Déby, Président de la République du Tchad,
Excellence, Monsieur Mohamed Ould Abdelaziz, Président de la République Islamique de Mauritanie,
Monsieur le Représentant du Gouvernement français, pays hôte de nos présentes assises,
Mesdames et Messieurs les dirigeants des institutions partenaires du développement du Niger,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les partenaires techniques et financiers du Niger,
Mesdames et Messieurs les investisseurs, Représentants du secteur privé et du monde des Affaires,
Mesdames et Messieurs les leaders et Représentants de la société Civile
Mesdames et Messieurs,
Je tiens à adresser mes remerciements aux Chefs d’Etat et de Gouvernement qui ont bien voulu marquer de leur présence la présente table ronde sur le financement du plan de développement économique et social du Niger pour la période 2017-2021.Nous sommes sensibles à l’attention et à l’amitié que vous manifestez ainsi à l’endroit du Niger, et de son peuple.
Je voudrais aussi exprimer mes sentiments de gratitude aux autorités Françaises pour le soutien constant de la France à l’endroit du Niger. Le choix de Paris pour abriter la présente table ronde témoigne de la qualité exceptionnelle des relations qui existent entre nos deux pays.
Je tiens enfin à renouveler mes remerciements aux dirigeants des organisations et institutions partenaires du développement du Niger, aux représentants du secteur privé, de la société civile et à tous les amis du Niger ici présents, pour l’intérêt et le soutien qu’ils portent au développement économique et social du Niger.
Mesdames et Messieurs,
Il vous souviendra que nous avions présenté, ici même à Paris, en novembre 2012, le plan de développement économique et social du Niger pour la période 2012-2016.
Je suis heureux de constater que la mise en œuvre de ce plan a été un succès, en dépit des obstacles qui se sont dressés sur notre chemin. Ce succès, nous le devons au soutien de nos partenaires dont l'amitié me rappelle ce mot d'Albert Camus : « L'amitié n'est pas une simple formule, c'est le devoir d'assistance dans la peine. » Ce succès nous le devons aussi à la résilience, au courage face à l'adversité, à l'attachement à la paix et à l'engagement du peuple Nigérien. En effet, dans la mise en œuvre du Plan 2012-2016, nous avons dû affronter quatre (4) chocs majeurs : le choc sécuritaire, celui de la baisse des prix des matières premières (uranium et pétrole), celui de la récession qu’a connue notre premier partenaire commercial, le Nigeria et enfin le choc du changement climatique. À ces chocs s'ajoute le défi démographique dont la complexité est bien connue.
Oui, la mise en œuvre du Plan économique et social 2012-2016 a été un franc succès. Ainsi, sur le plan financier, il a été exécuté à hauteur de 93% et les dépenses qui lui sont consacrées ont été couvertes à hauteur de 73% par les ressources internes. Le taux de croissance économique annuel moyen a été de 6,7% sur la période alors que l'inflation a été limitée en moyenne annuelle à 0,6%. Le déficit budgétaire global s'est, quant à, lui malheureusement dégradé et atteint 6,1% en 2016.
Les dépenses exécutées pendant la période du plan ont effectivement servi à en financer les priorités : la sécurité(15% des ressources budgétaires) , la consolidation des institutions démocratiques, les infrastructures (routières, énergétiques, ferroviaires, urbaines et des télécommunications), l'agriculture à travers l'initiative 3N <<les Nigériens Nourrissent les Nigériens >>, le capital humain (éducation, formation professionnelle et technique, santé, eau et assainissement) et la création d'emploi notamment pour les jeunes. Dans ces secteurs des progrès sans précédent ont été réalisés. En particulier la pauvreté a reculé et la classe moyenne s'est renforcée. Des réformes structurelles importantes ont été réalisées notamment dans le secteur des finances publiques et celui du climat des affaires. Elles seront poursuivies dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau Plan dont la couverture des besoins de financement nous rassemble aujourd'hui.

 

    Mesdames et Messieurs,
Le nouveau plan de la renaissance du Niger est bâti sur les hypothèses suivantes : un taux de croissance économique annuel moyen de 5, 9% pour le scénario de base et de 7,3%pour le scénario optimiste ; un taux d'inflation inférieur à 3%, un déficit budgétaire global de 4% en 2020 ; un taux de pression fiscale, en 2021, de 18,2% pour le scénario de base et 20,3% pour le scénario optimiste. Le gouvernement portera une attention particulière à la viabilité de la dette intérieure comme extérieure. La stabilité macro-économique du pays sera donc consolidée.
La croissance dont le plan de la renaissance est porteur sera inclusive. Il profitera aux couches sociales les plus défavorisées. Il contribuera à l'éradication de la faim ainsi qu'à la réduction de la pauvreté et des inégalités. La pauvreté étant rurale (3 pauvres sur 4 vivent en milieu rural) et féminine (3 pauvres sur 5 sont des femmes) l'accent est mis sur la transformation du monde rural et sur l'autonomisation des femmes.
Promouvoir l'électrification rurale, développer les infrastructures et les services ruraux, créer des villages intelligents, améliorer les rendements des cultures pluviales, promouvoir l'irrigation à travers la maîtrise de l'eau, protéger le premier capital de production que constitue la terre, moderniser l'élevage, développer les chaînes de valeurs, promouvoir l'alphabétisation fonctionnelle sont autant d'actions de transformation rurale envisagée. Par ailleurs la réalisation du projet structurant de Kandadji, en permettant l'accès à l'énergie à faible coût ainsi que l'irrigation des vastes terres fertiles le long du fleuve Niger contribuera très fortement à la réduction de la pauvreté
Néanmoins il serait illusoire de penser que toutes ces actions et la mise en œuvre de toutes les autres priorités du Plan de la renaissance permettront de réduire la pauvreté sans l'autonomisation des femmes et/ou sans la création d'une transition démographique. C'est pourquoi, nous attachons du prix à la réduction des inégalités de genre, au renforcement des capacités des femmes et des filles, à la capture de leur dividende démographique notamment à travers la scolarisation de la jeune fille et à l’alphabétisation des femmes, leur formation professionnelle et technique, leur accès aux emplois et aux responsabilités à tous les niveaux et bien sûr l'éradication des mariages et des grossesses précoces.

             Mesdames et Messieurs,

Sur le tableau de bord du suivi de la mise en œuvre du Plan de la renaissance, l'évolution de l'indice de Développement humain est la 1ère cible à surveiller.
Résultante de l'ensemble de nos actions cet indice permettra de refléter les résultats obtenus dans la mise en œuvre de l'initiative 3N, dans la réalisation des infrastructures, dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l’eau et de l’assainissement. Quant à la gouvernance et à la sécurité, elles feront l'objet d'un suivi notamment au moyen de l'indice de gouvernance de la banque mondiale.
Les ressources financières nécessaires à la réalisation de ces priorités sont estimées selon le scénario de base à environ 21 milliards d'euros dont 12,5 milliards pour les dépenses publiques et 8,5 milliards d'euros pour les investissements privés. Pour le scénario optimiste ces montants sont respectivement de 23 milliards d'euros, 14 milliards d'euros et 9 milliards d'euros.
Les ressources internes permettent de couvrir 60% des dépenses publiques. Je fonde l'espoir que la présente table ronde nous permettra d'en mobiliser le solde. Je fonde l’espoir aussi d’un accroissement substantiel des investissements privés dans notre pays parce qu’il est l’un des moteurs de la croissance, le secteur privé a une place de choix au Niger. C’est pour lui que nous continuerons l’amélioration du climat des affaires. C’est pour lui que nous avons élaboré un code des investissements, un code fiscal, un code minier et un code pétrolier incitatifs.  C’est pour lui que nous avons mis en place un cadre solide de partenariat public-privé. Nous invitons les investisseurs à venir partager, avec nous, la croissance dont le plan de la renaissance est porteur. Des opportunités certaines existent dans les domaines miniers et pétroliers, dans celui des infrastructures notamment ferroviaire, énergétique et des télécommunications, dans le domaine agro-pastoral et   agro-industriel, ainsi que dans le domaine de l’hôtellerie et les logements sociaux.
En mobilisant l’ensemble des ressources avec les partenaires et le secteur privé, nous créerons les conditions d’une renaissance culturelle en vue de la modernisation sociale politique et économique du pays, nous créerons les conditions d’une transition démographique, nous disposerons d'institutions démocratiques fortes, nous équiperons le pays en infrastructures, nous éradiquerons la faim et nous combattrons la pauvreté, nous éduquerons, formerons et soignerons les Nigériens, nous leur assurerons l'accès à l'eau et l'assainissement, nous offrirons de nombreux emplois notamment aux jeunes.
Notre peuple si courageux et si résilient mérite bien de tels résultats.
En renouvelant mes sincères remerciements à tous ceux qui nous ont fait l'honneur de leur présence, je déclare ouverts les travaux de la table ronde sur le financement du plan de la renaissance du Niger 2017-2021.
     VIVE LE NIGER, VIVE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE.
Je vous remercie de votre aimable attention.
        
            

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Remarques introductives de Son Excellence Monsieur ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République du Niger, au panel sur le financement de l’émergence économique dans l’espace francophone, à l’occasion de la Conférence du Forum Economique International d

Excellence Madame Ameenah Gurib-Fakim, Présidente de la République de Maurice,
Excellence Madame la Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais remercier Madame la Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Son Excellence Madame Michaelle Jean, le Forum Economique International des Amériques et l’Organisation pour la Coopération et le Développement en Europe, pour m’avoir associé à cette très importante rencontre du Forum Economique Internationale des Amériques.
Je tiens à relever la pertinence du sujet qui sera discuté au cours de ce panel, parce qu’il porte sur le financement de l’émergence économique dans l’espace francophone, un sujet d’intérêt pour les pays en développement en général et les pays africains en particulier.
Mesdames et Messieurs,
L’espace francophone est composé de pays qui sont à des niveaux de développement différents. Il existe des pays développés, des pays à revenus intermédiaires et des pays moins avancés. Cette configuration reflète bien celle qui existe au niveau mondial.
Chacun de ces groupes de pays est confronté à des problèmes différents. Si les pays développés doivent faire face aux inévitables effets de la loi des rendements décroissants, au chômage dans une situation de passif démographique important, les autres ont un potentiel énorme de croissance avec une structure démographique caractérisée par la jeunesse de leur population. Malheureusement ces derniers manquent de ressources financières pour transformer leur actif démographique en dividende économique. Ces pays ont besoin de ressources pour investir dans le capital humain (éducation, formation professionnelle et technique, santé), dans les infrastructures routières, ferroviaires, aéroportuaires, portuaires, énergétiques et de télécommunication, dans le développement agricole et dans l’industrie. Pour réaliser par exemple les objectifs de développement durable à l’horizon 2030, L’Afrique a besoin de 600 milliards de dollars par an, d’après la CNUCED. L’Afrique mise sur la consommation des ménages à travers le développement d’une importante classe moyenne, sur les investissements publics et privés, sur l’accroissement de ses exportations et la maitrise de ses importations, pour réaliser un niveau de croissance lui permettant de créer les conditions de son émergence. L’agenda 2063 de l’Union Africaine porte ces ambitions du continent. 
Mesdames et Messieurs,
Le Financement de l’émergence dans l’espace francophone peut se faire par une combinaison d’au moins quatre sources : l’aide publique au développement, les investissements directs étrangers, les transferts financiers des diasporas et les ressources internes des Etats.
Le montant de l’aide publique au développement est estimé à 56 milliards de dollars en 2015. Il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan des besoins financiers pour soutenir le développement. Souvent quand on parle d’aide publique au développement, on se réfère à l’exemple du plan Marshall qui a mobilisé 4,3% du PIB Américain pendant 5 ans pour aider à la reconstruction de l’Europe, au lendemain de la deuxième guerre mondiale. C’est le souvenir de ce plan qui a inspiré,  dans les années 1970, l’engagement des pays développés à consacrer 0,7% de leur PIB à l’aide au développement. A Monterrey et à Doha, lors des conférences sur le financement du développement, cet engagement a été confirmé et devrait être réalisé à l’horizon 2015 en passant par l’étape de 0,5% en 2010. A l’heure du bilan, rares sont aujourd’hui les pays développés qui ont tenu cette promesse. D’ailleurs les esprits ont évolué ces dernières années : l’accent est de plus en plus mis sur le développement du commerce et des investissements. Dans cette perspective, l’aide publique peut être utilisée pour garantir ou bonifier le financement de façon à servir de levier pour l’accroissement des investissements privés. C’est l’objectif, entre autres, du programme compact for Africa du G20, sur l’initiative de la chancelière Allemande Angela Merkel. C’est le lieu de noter l’existence du plan européen d’investissement extérieur ainsi que les promesses faites pour le financement des mesures d’adaptation et d’atténuation face aux effets des changements climatiques.  
     Mesdames et Messieurs,
Les pays de l’espace francophone doivent miser d’avantage pour leur émergence sur le commerce et les investissements directs étrangers. C’est ce que nous faisons au Niger à travers l’amélioration du climat des affaires.  La Banque Mondiale considère que le Niger fait partie des pays les plus réformateurs en la matière. Notre plan de réformes continuera à être appliqué avec plus de détermination pour les années à venir. Le Niger dispose également d’un cadre de partenariat public-privé qui est en train de faire ses preuves. La consolidation de l’Etat de droit garantissant une sécurité juridique aux investisseurs, l’existence des codes fiscaux, miniers, pétroliers, et d’investissements incitatifs sont autant d’instruments favorables à l’investissement. Mais au-delà des mesures incitatives que peut prendre tel ou tel pays, l’accroissement du volume des investissements dans l’économie réelle dépend de la nature de la gouvernance économique mondiale. En effet beaucoup d’argent est aujourd’hui orienté vers des activités spéculatives. Ainsi  en Europe et en Amérique du Nord, le volume des transactions financières est presque 100 fois plus important que le PIB nominal des Etats. La gouvernance économique et financière mondiale doit se préoccuper de cette importante question.
Mesdames et Messieurs,
Les transferts de fonds opérés par les diasporas peuvent contribuer au financement de l’émergence des pays de l’espace francophone.
La Banque Mondiale estime en 2016 à 575 milliards de dollars, le montant des transferts des différentes diasporas des pays à revenu élevé et en développement. Les  transferts à destination de ces derniers sont estimés à 429 milliards de dollars dont 60 milliards pour l’Afrique, provenant d’environ 30 millions de ressortissants Africains actifs dans le monde. Ces montants sont sans commune mesure avec ceux de l’aide publique au développement. La diaspora peut être un puissant moteur de croissance économique. C’est pourquoi il faut encourager les transferts formels à travers notamment la baisse des couts de transfert, des facilités d’investissement dans les pays d’origine, des banques capables de faire le pont entre les pays d’accueil et les pays d’origine.
Les débats actuels sur la migration irrégulière ne doivent pas occulter les avantages de la migration légale. La meilleure façon de mettre fin aux drames des migrants vendus comme du cheptel et de les protéger des risques qu’ils encourent dans la traversée du désert et  de la mer méditerranée, c’est certes de réprimer la migration irrégulière mais surtout d’encourager la migration légale.   
Mesdames et Messieurs,
Les pays de l’espace francophone doivent surtout mettre l’accent sur la mobilisation de leurs ressources internes pour financer leur émergence. Alors que dans les pays développés les taux de pression fiscale sont généralement supérieurs à 30% du PIB, atteignant dans certains cas plus de 50 pour cent dans beaucoup de pays à revenu intermédiaire et moins avancés, ces taux sont en deçà de 15%. Au Niger le plan de développement économique et social 2017-2021 est bâti sur une hypothèse de progression continue du taux de pression fiscale qui passerait de 15-16% actuellement à 20% en 2021. Au-delà de cette date les efforts doivent être poursuivis pour porter ce taux à 25-30%. La réalisation de ces objectifs nécessite une restructuration de notre économie, c’est-à-dire sa modernisation. En effet l’archaïsme de la structure d’une économie est un obstacle à sa fiscalisation.  La modernisation de l’économie est une des conditions de l’élargissement de l’assiette fiscale. Notre pays met ainsi en œuvre un train de mesures dont les effets se font déjà sentir. D’importantes réformes sont en cours dans les régies financières telles que l’interconnexion des régies, l’interconnexion des bureaux de douanes avec les ports des pays de transit, la suppression des valeurs administratives en douane, l’institution d’une taxe d’habitation  basée sur la puissance du compteur électrique, la réduction des exonérations, la mise en place des budgets programmes, le contrôle à priori des marchés publics, etc. Il s’agit non seulement d’améliorer les recettes mais aussi d’améliorer l’efficacité de la dépense, le tout accompagné d’un programme de lutte de longue haleine contre la corruption.
Mesdames et Messieurs,
Les 13 et 14 décembre 2017 se tient ici à Paris, la table ronde sur le financement du plan de Développement Economique et Social du Niger pour la période 2017-2021. Les priorités de ce plan sont celles du Programme de Renaissance du Niger, mon document  de promesses électorales au peuple Nigérien lors des élections générales de 2016, à savoir : la renaissance culturelle, la consolidation des institutions démocratiques, la sécurité, le développement des  infrastructures, la sécurité alimentaire grâce à l’initiative 3N les Nigériens Nourrissent les Nigériens, l’hydraulique rurale et urbaine, les secteurs sociaux de base éducation et santé, et la création d’emplois notamment pour les jeunes. Pour financer ce plan le Niger a besoin de 12 milliards de dollars selon l’hypothèse de base avec un taux de croissance de 5,9% ou 15 milliards de dollars selon l’hypothèse haute avec un taux de croissance de 7% par an. Pour le financement de ce plan il est prévu 60% de ressources internes. Nous lançons un appel à la mobilisation de tous nos partenaires publics pour qu’ils nous accompagnent sur le chemin de la renaissance du Niger. Nous lançons également un appel aux investisseurs privés pour qu’ils viennent partager avec nous les fruits de la croissance économique dont le programme de renaissance est porteur. Le Niger est un pays ou les opportunités sont réelles dans le secteur minier, dans le secteur pétrolier, dans l’agriculture et l’agro-industrie, dans le tourisme  dans les infrastructures, etc.
 
    Telles sont Mesdames et Messieurs quelques réflexions que m’inspire ce thème si opportun de financement de l’émergence dans les pays de l’espace francophone.

Je vous remercie de votre attention.

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Intervention de Son Excellence Monsieur MAHAMADOU ISSOUFOU, Président de la République du Niger, Lors de la Réunion du Processus d’Aqaba, sur le thème de la Paix et de la Sécurité en Afrique de l’Ouest

Majesté Abdullah II, Roi de Jordanie, Majestés, Altesses, Excellences Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais renouveler mes félicitations à Sa Majesté Abdullah II pour son investissement personnel dans la recherche de solutions aux défis que partage la communauté internationale. La retraite d’Aqaba constitue une des manifestations. Majesté, Je vous remercie sincèrement de m` y avoir invité.
L`examen des défis à la paix et à la sécurité internationale dans une vision qui prend en compte ses différentes déclinaisons régionales et locales permet en effet de les appréhender avec d’avantage de lucidité et, par conséquent, de développer des réponses plus adaptées.
Je suis heureux de pouvoir contribuer aux échanges d’aujourd’hui, afin de présenter des observations qui sont celles du Niger mais qui reflètent  certainement les réalités des autres pays du sahel et de l’Afrique de l’Ouest.
Consacrer nos réflexions, partager nos analyses sur la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest en ce moment précis de l’évolution de cette sous-région, est d’une extrême opportunité tant il parait urgent de mettre fin au drame humain qui s’y déroule et tant les risques pour le continent et pour le reste du monde sont énormes.
Majesté,
Mesdames, Messieurs,
Ces dernières années, l’Afrique de l’Ouest et en particulier sa zone sahélienne, frontalière du Maghreb est devenu le théâtre d’opération des groupes terroristes et mafieux de tous genres portant une atteinte grave à la sécurité des personnes et des biens et menaçant même l’existence des Etats. 
Les principaux groupes terroristes opérant dans la région sont les groupes affiliés à Al Qaida au Maghreb Islamique(AQMI) ou à l’Etat Islamique et se cachent sous divers acronymes tels que Boko Haraam, Al Mourabitoune, Ansar Dine, Moujao , etc.    A ces groupes s’ajoutent les milices tribales arabes, Peuhles, Toubous et Touareg.
Les modes opératoires des groupes terroristes présents au Sahel diffèrent de peu de ceux des autres branches d’Al Qaïda (Afghanistan et Yémen) et de l’EI. Leur stratégie meurtrière s’appuie sur les modes opératoires suivants : attentat suicide (par véhicules piégés ou par kamikazes humains), attaque ou embuscade contre les FDS (usage de mines antichar et antipersonnel), enlèvement de militaires et de policiers, prise d’otages civils. En plus des modes décrits ici, la secte Boko Haram adopte d’autres modes opératoires des plus meurtriers ayant des effets psychologiques dévastateurs sur la population civile et les FDS notamment les exécutions collectives par égorgement,  la destruction de maisons ou de villages entiers par le feu, l’enlèvement massif de femmes et d’enfants, utilisation de colis piégés transportés par des enfants, etc. Les Etats et zones situés plus au sud ne sont pas épargnés comme en témoignent les attentats perpétrés à Abuja au Nigéria, à Grand Bassam en Côte d’Ivoire, à Ouagadougou au Burkina Faso et à Bamako au Mali. 
En résumé, comme partout ailleurs, ils mènent des actions d`éclat notamment à des fins de propagande et pour intimider et contrôler les populations.
S`agissant du financement du terrorisme, le trafic de  drogue, les prises d`otages, le trafic humain y compris l`esclavage, le pillage, le trafic d`armes et cigarettes, en constituent les principales sources.  Certaines associations dites caritatives servent également de couverture pour le financement du terrorisme. C`est notamment grâce à toutes ces ressources que ces groupes recrutent de jeunes frustrés ou des désœuvrés surtout victimes du chômage et de la pauvreté. S`y ajoutent les jeunes radicalisés des milieux islamistes et les jeunes filles et garçons enlevés de force.
Majesté,
Mesdames, Messieurs,
Il me parait important que nous nous penchions sur les causes profondes de la détérioration de la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest ainsi que les facteurs aggravants de cette situation.
Au titre des causes fondamentales il faut noter l’extrême pauvreté et l’ignorance.
Le Sahel subit de plein fouet les conséquences des changements climatiques. Les ressources en eau sont insuffisantes et les sols deviennent de moins en moins fertiles. De ce fait, les productions agricoles ne permettent pas d’atteindre un niveau acceptable d’autosuffisance alimentaire, exposant une bonne frange de la population à l’insécurité alimentaire. L`illustration parfaite des effets du changement climatique sur la pauvreté est donnée par la situation dans le bassin du Lac Tchad qui a perdu 90% de sa superficie. Par ailleurs dans le Sahel, la pauvreté est rurale. Au Niger par exemple 3 pauvres sur 4 vivent en milieu rural. Cette pauvreté est aggravée par la croissance démographique. En effet le Sahel est l’une des régions du monde les plus prolifiques. Avec un taux de croissance supérieur à 3%, sa population pourrait atteindre 200 millions d’habitants en 2050 au rythme actuel, contre 85 millions en 2015.
La quasi absence d’industries et la faiblesse des exportations, limitées souvent à quelques produits miniers et pétroliers, constituent des facteurs aggravants de la pauvreté surtout avec l’effondrement des prix de ces matières. Ces situations ne permettent pas aux Etats de faire face aux besoins primaires des populations (éducation, formation, santé, alimentation) et de créer des sources de revenus aux bras valides d’où le désarroi dans lequel se trouve une frange importante des populations, notamment les jeunes qui peinent à trouver du travail ou à recevoir une bonne éducation les exposants à la merci des vendeurs d’illusion. Dans le sahel, les taux d’analphabétisme des adultes dépassent 50% dans certains pays. 
La crise Libyenne, est aussi un facteur aggravant de la situation que vit le Sahel. En effet, les évènements intervenus en 2011, n’ont pas produit les résultats escomptés notamment l’instauration d’un régime démocratique. La Libye est devenue un pays sans Etat, un pays de non droit laissé aux mains de milices à obédience tribales ou religieuses ainsi que les groupes terroristes et les criminels de tout bord et surtout un magasin d’armes de tous calibres à ciel ouvert.
  Le Sahel vit également sous la menace d`une progression dangereuse du radicalisme religieux. Des mouvements islamistes réformateurs viennent avec leurs propres projets de société et de civilisation et une stratégie insidieuse et installent des institutions parallèles à celle de l’État : un directoire avec une feuille de route, des écoles, collèges et lycées, université, centres de santé, centre d’enseignement des adultes, services sociaux, instances de conciliation et de justice, micro finance et réseaux financiers, marchés, ONG, milices et service d’ordre, etc. Dotés de grands moyens, ces réformateurs investissent en priorité dans divers secteurs sociaux : santé, eau, école, encadrement des jeunes pour une citoyenneté islamique, moralisation, particulièrement ; c’est à dire là où, justement, l’État éprouve beaucoup de difficultés à remplir son rôle.
C’est là une tendance très inquiétante, du point de vue sécuritaire, et qui constitue la menace la plus grave à l’existence même de tout État démocratique et laïc comme le nôtre. En effet, le modus operandi de ces mouvements religieux radicaux vise à se substituer à l’État, à prendre le contrôle de ses missions fondamentales, in fine, à favoriser l’institution d’un État islamique. En cela ils rejoignent les mouvements terroristes dans leur objectif de création d’un Etat Islamique en Afrique de l’Ouest.
Majesté,
Mesdames, Messieurs,
Le terrorisme et la migration irrégulière ont des points communs. Pays de transit par excellence pour la migration vers l`Europe via la Libye, le Niger subit les conséquences de cette liaison entre migration et terrorisme.  En effet, pour se constituer un fonds de voyage, les candidats à l’immigration travaillent pour les groupes criminels ou opèrent pour leur propre compte en s’investissant dans le trafic de drogues, d’armes et le trafic d’êtres humains. Ces trafics sont des sources potentielles de financement du terrorisme.
La dimension internationale du terrorisme constitue un risque majeur pour les pays du Sahel. En effet avec la défaite de DAESH en Irak et en Syrie un nombre importants de combats seront tentés, via la Libye,  de rejoindre les djihadistes de DASEH et d’AQMI qui opèrent au Sahel et leur apporter leur expérience de combat, leur expertise de fabrication de bombes et d’explosifs ainsi que celle du maniement d’armes modernes et sophistiquées. Ceci est d’autant plausible que le renforcement de l’arsenal juridique et des frontières rend difficile le retour en Europe de combattants islamistes.
Cette dimension internationale transparait également dans le développement de la cybercriminalité.  Elle prend de l’ampleur avec l’intérêt grandissant des populations pour les ordinateurs et Smartphones. Au regard de l’absence de frontières en matière de TIC et de systèmes législatifs et réglementaires répressifs, les cybercriminels internationaux utilisent souvent les systèmes nationaux comme les nôtres, pour commettre leurs forfaits à travers le monde.
Majesté,
Mesdames, Messieurs,
En ce qui concerne la réponse apporté par les Etats pour faire face à la situation permettez-moi de vous présenter le cas particulier du Niger qui vit sous la menace terroriste à trois encoignures de ses frontières : le côté Libyen, le côté Malien et le côté du Lac Tchad.  
Au Niger, les réponses apportées par le gouvernement s’inscrivent dans une approche sécuritaire à trois volets : la répression ; le développement et l’idéologie.
L’approche répressive a consisté à déployer les Forces de Défense et de Sécurité sur tous les fronts et à renforcer l’arsenal juridique. Ainsi, d’Ouest en Est et du Nord au Sud, les FDS ont été déployées pour mener des opérations nécessaires à la neutralisation des forces obscurantistes et à l’interdiction de l’accès du territoire pour les groupes djihadistes et criminels, qui sévissent dans l’espace sahélo-saharien. Ces actions sont parfois appuyées par des détachements militaires étrangers basés au Niger, à travers la fourniture de renseignements militaires et la mise à disposition de moyens logistiques et la formation. Le Niger consacre désormais plus de 15 % de son budget annuel aux dépenses de défense et de sécurité́. L’arsenal juridique de lutte contre le terrorisme ainsi que le dispositif national de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme qui comprend  des institutions comme la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières, le Pôle judiciaire spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme, et le Service Central de Lutte contre le Terrorisme et la Criminalité Transnationale Organisée a été renforcé.
Ce cadre juridique et institutionnel a permis de mener efficacement la lutte contre le terrorisme dans le respect des droits humains. Les résultats obtenus sont relativement satisfaisant car il n’existe à ce jour aucun sanctuaire de terroristes au  Niger.
Le volet développement procède d’une vision prospective soutenue par des programmes ambitieux  comme la Stratégie de Développement Durable et de Croissance Inclusive (SDDCI Niger 2035, le programme de Renaissance du Niger et le Plan de Développement Économique et Social.  Ces initiatives nationales ont le mérite de poser un diagnostic clair des défis majeurs du développement socio-économique et d’inscrire les politiques publiques dans une perspective plus globale de lutte contre la pauvreté à travers un cadre inclusif de réflexion et d’édification de vision commune.
Quant au volet idéologique, il consiste à promouvoir la modération en matière religieuse par des actions de formation, de sensibilisation, de promotion de dialogue inter et intra religieux et le cas en cas de nécessité d’utilisation de la répression.
L’une des initiatives phares du Ministère chargé des affaires religieuses est la création des comités de dialogue inter religieux et intra religieux. Il existe 190 associations  religieuses légalement reconnues au Niger dont 120 associations musulmanes et 70 associations chrétiennes. Ces associations sont organisées en faitières au niveau régional et au niveau national. Des comités de dialogue inter religieux et intra religieux sont créés au niveau départemental et au niveau régional pour débattre de toutes questions ayant trait aux pratiques religieuses ainsi que de tout différent entre associations qu’elles soient de la même obédience religieuse ou non. Compte tenu du succès enregistrés par ces comités, un comité National de dialogue inter religieux est en cours de création pour la prise en charge des mêmes questions au niveau national.
A ces différentes réponses au niveau national, il faut ajouter les initiatives communes de la lutte et de collaboration en matière de conflit, de  terrorisme et de crime organisé au niveau des instances sous régionales et régionales. Au titre de ces initiatives il me plait de souligner la Force Mixte Multinationale de la Commission du Bassin du Lac Tchad, composée des contingents des pays riverains du Lac Tchad et qui a en charge la guerre contre les terroristes de BOKO HARAM avec beaucoup de réussite et la Force conjointe du G5 Sahel en gestation pour combattre les terroristes opérant dans ces Etats.
Majesté,
Mesdames, Messieurs,
Pour conclure mon intervention, je voudrais partager avec vous quelques réflexions sur les éléments indispensables pour assurer et sauvegarder la paix et la sécurité au Sahel et en Afrique de l’Ouest.
Le premier élément est le règlement urgent de la question Libyenne
Tant qu’il n’y a pas une stabilisation de la Libye avec une autorité politique ayant la légitimité et  les moyens de faire régner l’ordre et la justice sur toute l’étendue du territoire il est illusoire d’espérer la paix et la sécurité dans les pays voisins de la Libye et par conséquent l’Afrique de l’Ouest. Il faut que l’Etat Libyen soit en mesure de désarmer les milices et les extrémistes religieux, de contrôler les entrées et les sorties du territoire national, de réprimer la fraude, le racket et le crime organisé. Il faut mettre fin à l’ingérence des puissances étrangères en Libye et pousser les forces politiques vers une réconciliation inclusive et véritable.
Le deuxième élément est la nécessaire lutte contre la pauvreté et l’ignorance
La pauvreté et l’ignorance étant les causes principales de l’insécurité les pays de l’Afrique de l’Ouest doivent mettre un accent particulier sur les programmes de lutte contre la pauvreté. A cet effet les orientations retenues par les Nations Unis dans le cadre des objectifs de développement durable constitue une bonne base de départ. Compte tenu de la fragilité économique des pays du Sahel, le soutien de la communauté internationale s’avère indispensable que soit à travers l’aide au développement, l’investissement direct, les organisations caritatives, les agences des nations unies, les fonds de développement. Bref c’est d’un véritable plan Marshal que ces pays ont besoin et il y a urgence. 
Le troisième est élément est la nécessité de coordination en matière de lutte contre le terrorisme au niveau des Etats concernés et la coopération de  communauté internationale. 
Les mouvements terroristes n’ont pas de frontières, ils ont des objectifs transnationaux, ils recrutent et opèrent dans tous les pays. Il est illusoire de penser que chaque Etat puisse venir à bout de la menace terroriste qui l’affecte. Les Etats doivent mutualiser leurs forces armées et leurs services de renseignements. La communauté internationale doit aussi se sentir concernée par la lutte contre le terrorisme et s’impliquer dans le combat que mènent les pays affectés. Cette implication doit se faire  de façon à aider les Etats concernés à se doter de vecteurs aériens, d’armement, d’équipements militaires ainsi que la formation, l’appui technique et financier, le partage d’information  et de renseignements bref toute chose de nature à leur permettre une supériorité sur l’ennemi et une victoire rapide.  
Le quatrième élément est le règlement de la situation du Nord  Mali
La situation du Nord Mali est une source de préoccupation pour les pays du Sahel. En effet le Nord du Mali est devenu un sanctuaire pour les groupes terroristes et les trafiquants. Une mission des Nations Unies s’évertue à aider à la restauration de la paix au Mali suite aux accords d’Alger entre gouvernement du Mali et les groupes rebelles touareg. Cette mission qui est devenue la plus meurtrière des missions des nations, a montré ses limites par rapport à cet objectif de paix. En effet sans une victoire franche sur les groupes terroristes qui côtoient les groupes rebelles et qui s’entraident, la MINUSMA ne pourra jamais atteindre son objectif. C’est pourquoi les pays du Sahel ont mis en place une force conjointe chargée de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé.  Cette force qui a fait l’objet d’une résolution des Nations Unies a besoin d’être financée et soutenue. Il est fondamental que cette force soit rapidement opérationnelle et qu’elle crée le rapport de forces de nature à favoriser la mise en œuvre des accords d’Alger et la réussite de la mission de la MINUSMA.
Et enfin le dernier élément est relatif à la lutte contre l’extrémisme et le radicalisme religieux.
Nos pays doivent s’organiser pour freiner la radicalisation rampante véhiculée par des organisations qui profitent de la démocratie et de la liberté d’association pour endoctriner les jeunes et les femmes dans le but de les radicaliser et de tuer la démocratie. De même il est important de surveiller les autres méthodes de radicalisation notamment celles utilisant les nouvelles technologies de l’information.
Ce sont là, Majesté, Altesses, Excellences, Mesdames et Messieurs les réflexions et observations que m’inspire cet important thème que constitue les  questions de paix et de sécurité en Afrique de l’ouest.

Je vous remercie de votre attention.

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Discours d’ouverture De S.E. M. ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République, Chef de l’Etat, Champion du Processus de la Zone de Libre Echange Continentale à la Quatrième Réunion des Ministres Africains du Commerce

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions de la République,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Monsieur le Président de la Commission de l'Union Africaine,
Madame la Secrétaire Générale Adjointe des Nations Unies et Secrétaire Exécutive de la Commission Economique des Nations Unies pour l'Afrique;
Monsieur le Ministre de l'Industrie, du Commerce et de l'Investissement de la République fédérale du Nigéria, Président de la Conférence des Ministres du commerce de l'Union africaine;
Mesdames et Messieurs les  Ministres;
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de Mission accrédités au  Niger;
Mesdames et Messieurs les hauts fonctionnaires, négociateurs et représentants des Communautés Economiques régionales;
Mesdames, Messieurs:

Je voudrais souhaiter la chaleureuse bienvenue aux participants à la présente réunion des Ministres du Commerce de l’Union Africaine sur la Zone de Libre Echange Continentale. Le Niger est à nouveau honoré de pouvoir offrir son hospitalité aux représentants de l’Afrique œuvrant à la réalisation des objectifs d’intégration et de développement de notre continent, dans la droite ligne des objectifs de l’Agenda 2063. 
Je tiens à remercier Moussa Mahamat Faki, Président de la Commission de l’Union Africaine, pour son engagement dans la réussite de la ZLEC, ce   projet si important dont l’impact sur l’amélioration de la place de l’Afrique dans le monde ne fait aucun doute.
Je voudrais également féliciter Madame Vera Songwe, Secrétaire Exécutive de la Commission Economique des Nations Unies pour l'Afrique, dont la participation à la présente session confirme l’intérêt des Nations Unies pour la réussite de la ZLEC

 

Mesdames et Messieurs,
Lors du sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africain de juillet 2017, j'avais présenté mon rapport sur l’état des lieux du processus de création de la Zone de Libre-Échange Continentale. De ce rapport, la substance portait sur les conclusions de votre  troisième réunion de Niamey, de juin 2017. La Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement avait alors noté avec satisfaction les progrès réalisés et réaffirmé l'échéance de décembre 2017 pour la conclusion des négociations sur un projet d'accord établissant la Zone de Libre-Échange Continentale.
La réunion d’aujourd’hui a donc un caractère ultime, car elle a pour ambition de valider et de parfaire les résultats des négociations et des conclusions, pour les présenter à la prochaine session de la Conférence.
Les projets de documents dont vous êtes saisis reflètent concrètement la promesse de transformer notre continent en un acteur compétitif en matière d'investissement, de production, d'innovation et de commerce. C’est la promesse d’un  meilleur rapprochement des peuples du continent.
Il vous appartient donc, de procéder aux touches finales et recommander  ces documents au Comité Technique Spécialisé des Ministres de la Justice, pour validation et présentation à la session de la Conférence de l’Union de janvier 2018, comme documents juridiquement fiables, réalistes et répondant aux besoins de développement de l'Afrique.
Le travail abattu  a bénéficié de la précieuse contribution de nos partenaires techniques, notamment la Commission Économique des Nations Unies pour l'Afrique et la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement.
Naturellement, l‘Afrique poursuivra ce partenariat dans la deuxième phase des négociations et dans la mise en œuvre de la Zone de Libre-Échange Continentale.
Mesdames et Messieurs,
L'Afrique compte des pays moins avancés, des pays à revenu intermédiaire et des pays à revenu intermédiaire avancés. Bon nombre de ces pays ont des difficultés à se hisser sur l’échelle du développement durable, notamment en raison de leur dépendance vis-à-vis de la production et de l’exportation de matières premières ainsi que de par  la taille réduite de leurs économies.
A l’heure de la mise en place de la Zone de Libre-Échange Continentale et des dispositions de l'Accord, de ses Protocoles et  Annexes, une des tâches essentielles de tous les gouvernements africains, du secteurs privé, de la société civile et de la classe politique, sera d'œuvrer à la transformation structurelle de nos économies, afin de les placer sur la voie d’une croissance forte et inclusive, de la création d'emplois et de la diversification économique.
La ZLEC induira une croissance à nos économies. Elle est la clé du succès qui évitera à l'Afrique de continuer d’avoir des économies exiguës, faibles et vulnérables qui n’arrivent pas à créer des emplois, à réduire la pauvreté ou à sortir du cycle  de croissance faible.
Certains de nos États membres, on s’en souvient, ont émis des réserves sur le niveau d'ambition de 90% de libéralisation, en raison des difficultés économiques qu’ils rencontrent. D’autres estiment que les questions de l’industrialisation et du développement des infrastructures n’ont pas été intégrés.
En tant que champion de ce programme, je me suis personnellement investi et j’ai tenu à m’entretenir avec tous les chefs d’Etat des pays concernés. Le dialogue constructif avec ces pays a abouti à la décision d’avoir un addendum aux modalités des négociations tarifaires dans le cadre du Protocole sur le commerce des biens. Cet addendum sera basé sur le principe du Traitement Spécial et Différencié (TSD) qui est partie intégrante des principes directeurs de la ZLEC. A l’instar des usages dans le domaine multilatéral, cette flexibilité porte sur les périodes transitoires pour la libéralisation, sur des exemptions, sur un mécanisme commercial de soutien conforme aux bonnes pratiques internationales en la matière ainsi que sur toute autre mesure assimilée.
En ce qui concerne les questions de l’industrialisation et du développement des infrastructures, l’Union Africaine, dans la perspective de renforcer l’intégration régionale a élaboré et mis en œuvre les programmes suivants :
• le Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique (AIDA),
• le programme de développement de l’infrastructure en Afrique (PIDA),
• le programme détaillé de développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) ;
• la vision Minière Africaine (VMA) ;
• le plan d’action pour l’intensification du commerce intra-africain (BIAT).
Les contacts avec les dirigeants des pays qui avaient des réserves ont permis de faire avancer les positions. Je les félicite pour leur flexibilité et  leur sens élevé de  panafricanisme qui a permis de privilégier et de mettre en avant les intérêts de l'Afrique. Grâce à leur geste élégant, l’Afrique pourra à  terme redynamiser  son économie, améliorer le niveau de vie des populations africaines, en particulier  les couches les plus démunies.
J’attends de vous que cet esprit de compromis persiste et vous permette de conclure très rapidement ces négociations.
Mesdames et Messieurs,
Le ‘’momentum’’ en faveur du commerce, de la prospérité et du développement de l’Afrique ne doit jamais faiblir si nous voulons enregistrer les succès que nous escomptons. A cet égard, je suis reconnaissant à la Chambre de Commerce et d'Industrie Panafricaine et le Club des Champions Africains pour le soutien qu’ils ont bien voulu apporter à la Zone de Libre-Echange Continentale.
Je note que la Commission de l'Union Africaine soumettra à la Conférence de l’Union une stratégie pour les Petites et Moyennes Entreprises, qui ambitionne de mobiliser les jeunes et les femmes dans la création d’entreprises et l’'industrialisation de l'Afrique, à travers les chaînes de valeur régionales. Cette action salutaire renforce la démarche de la ZLEC.
Dans le souci d’une meilleure participation, je voudrais inviter les Ministres à tenir compte des normes du travail dans les différents projets de textes, afin que les mouvements syndicaux africains aient la place qui est la leur dans la Zone de Libre-Échange Continentale. L’intégration des normes internationales du travail permettra aux producteurs d'exporter vers le reste du monde, avec moins d’obstacles.
La participation de la société civile, des parlementaires, des universités et institutions de formation est également indispensable.
Certaines questions de mise en œuvre seront traitées en 2018, bien qu’elles aient été prises en compte dans le projet d'Accord de la ZLEC et de son Agenda. Il s’agit, entre autres, des questions relatives aux règles d'origine, aux lignes directrices pour la mise en œuvre des mesures commerciales correctives, à l’accès aux marchés pour les biens et les services et à la matrice de mise en œuvre des listes de libéralisation du commerce des biens.
Vous devrez donc approuver un calendrier de travail sur l'agenda que la Commission de l'Union Africaine élaborera, le moment venu. Il vous revient également de faire  des recommandations pertinentes sur la deuxième phase des négociations de la ZLEC, sur les protocoles et les annexes relatifs à la concurrence, aux droits de propriété intellectuelle et à l'investissement, toutes choses essentielles  pour le  développement de la Zone de Libre-Échange Continentale en tant qu’espace d'investissement et d'innovation.
Les monopoles, les contrefaçons et autres pratiques assimilées en matière  de droits de propriété intellectuelle, les distorsions en matière de concurrence par de mesures d'incitations pour les investisseurs, risquent de se développer en l'absence de protocoles dans ces domaines. Il convient donc  de renforcer ultérieurement la ZLEC pour prendre en charge ces questions.
Mesdames et Messieurs,
Je suis convaincu que les États membres de l'Union Africaine voudraient tous être pleinement partie à l’Accord de la ZLEC, en seront tous membres fondateurs. Vous voudrez bien par conséquent vous appesantir sur les conditions d’entrée en vigueur qui ne doivent pas constituer un obstacle dans sa mise en œuvre. La ZLEC doit permettre une mise en œuvre accélérée du Plan d'Action pour l’Intensification du Commerce intra-africain (BIAT) adopté par la Conférence de l'UA, en janvier 2012. La ZLEC et le BIAT sont deux initiatives complémentaires dans cette phase d’intégration continentale.
Avec une Afrique intégrée et un marché commun africain, nous donnons un contenu à la vision de l'Agenda 2063 de l'Union Africaine, «d’Une Afrique intégrée, prospère et pacifique, conduite par ses citoyens et représentant une force dynamique sur la scène mondiale».
Je suis aujourd’hui fier des résultats auxquels nous sommes parvenus, qui nous permettent de conclure la négociation d'un instrument juridique établissant la zone de Libre-Echange Continentale, et je voudrais réitérer mes félicitations a tous ceux qui ont laborieusement travaillé au succès de cette  mission au service de l’Afrique.
Je voudrais enfin saluer tous les responsables à des degrés divers, qui sont parties prenantes au processus de la ZLEC. Leur dévouement dans le cadre des négociations laborieuses ont permis de réaliser des avancées importantes, dans la mission qui nous a été confiée par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine.
Sur ce, je déclare ouverte la quatrième Réunion des Ministres du commerce de l'Union africaine.

Je vous remercie de votre attention

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INTERVENTION DE Son Excellence Monsieur ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République du Niger, A la Réunion de Haut Niveau de la 23ème Conférence des Parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques

Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Je voudrais tout d’abord féliciter Son Excellence  Frank Bainimarama, Premier Ministre des Fidji, et son pays que la COP 23 a investi de sa confiance, pour diriger les présentes assises.
Je voudrais également remercier le Président Fédéral SEM Walter Steimer, Madame la Chancelière Angela Merkel et le Gouvernement allemand, pour l’accueil chaleureux qui nous a été réservé et pour leur engagement fort dans le partenariat pour le climat. A cet égard je voudrais saluer la contribution exceptionnelle de la République Fédérale d’Allemagne en faveur du développement durable, en particulier au Niger, dans le cadre de la coopération bilatérale exemplaire entretenue par nos deux pays. 
Monsieur le Président ;
Après plusieurs années de dures négociations, la communauté internationale a réussi à faire adopter l’Accord dit de Paris sur le Climat, le 12 décembre 2015. Cet événement historique a suscité, à juste titre, l’enthousiasme de tous les acteurs, au regard du grand défi que venaient de relever les négociateurs du monde entier, celui de rapprocher le plus possible les positions des pays.
Nos pays ont par ailleurs salué la rapidité relative de l’entrée en vigueur de cet Accord universel, intervenue le 04 novembre 2016, moins d’un an après son adoption, marquant ainsi la grande confiance placée dans cet accord et l’engagement de tous pour sa mise en œuvre.
Cependant, malgré l’énorme espoir suscité par l’Accord de Paris, sa mise en œuvre effective demeure un défi persistant. En effet, il est à déplorer que l’équilibre entre l’adaptation et l’atténuation, la définition de mécanismes clairs et performants pour le financement des politiques climatiques des pays en développement, le transfert de technologie et la transparence de l'appui, constituent encore des préoccupations majeures pour l’Afrique. 
A cet égard, le Niger souscrit à la position commune africaine et à celle des pays les moins avancés relativement aux préoccupations susmentionnées et, à l’instar des autres pays en développement, lance un appel aux pays riches pour plus d’engagement et d’effort dans la définition de mécanismes justes et efficaces pour la mise en œuvre effective de l’Accord de Paris.
Monsieur le Président ;
La mise en œuvre de l’Accord de Paris est d’autant plus cruciale pour les pays du Sahel, que les effets des changements climatiques se font durement ressentir sur les écosystèmes et sur les conditions de vie des populations. Au sahel, nous ne le savons que trop, il existe une forte corrélation entre changement climatique et pauvreté et par conséquent entre changement climatique et terrorisme, entre changement climatique et crime organisé, enfin entre changement climatique et migration. Les pays du Sahel ont certes besoin d’un soutien fort de la communauté internationale pour combattre ces fléaux mais une mise en œuvre conséquente de l’Accord de Paris permettra de s’attaquer à une des racines du mal. C’est ce qu’attendent de nous les populations du bassin du Lac Tchad aux prises avec Boko Haram, c’est ce qu’attendent de nous les populations du Nord Mali et du Sahel qui subissent les conséquences des exactions commises par les organisations terroristes. 
Aussi, tout en espérant que la conférence de Bruxelles sur le financement de la force conjointe du G5 Sahel prévue en Décembre prochain soit un succès, attendons-nous également  que la présente COP23 marque des progrès dans le processus de la mise en œuvre de l’Accord de Paris. 
Monsieur le Président,
Permettez-moi de rappeler que pour l’Afrique, l’objectif doit plutôt être la limitation de la hausse de la température à 1,5 degré Celsius. Au regard des contributions prévues déterminées au niveau national adoptées par les parties nous savons que nous sommes loin du compte mais l’Afrique est  restée consciente des responsabilités qui lui incombent vis-à-vis de l’Accord de Paris. C’est pourquoi, le Sommet Africain de l’Action en faveur d’une co-émergence continentale a été organisé à l’initiative de Sa Majesté le Roi du Maroc, lors de la COP 22 de Marrakech. L’une des décisions majeures de ce sommet a été la création de trois commissions dont l’une est dédiée à la région du Sahel et présidée par la République du Niger.
Cette initiative illustre l’engagement des pays africains à contribuer à l’effort mondial de lutte contre les changements climatiques, l’objectif étant d’œuvrer collectivement et solidairement pour une Afrique plus résiliente aux changements climatiques à travers la promotion d’approches novatrices et durables. Ces trois commissions constituent un mécanisme propre à l’Afrique dans sa volonté de mise en œuvre de l’Accord de Paris.
En ma qualité de Président de la commission dédiée au Sahel, j’ai eu l’honneur d’accueillir à Niamey au Niger, le lancement du processus de son opérationnalisation, lors de la première réunion du Groupe de Travail Conjoint des experts des pays membres de ladite commission.  A cette occasion une feuille de route a été validée et devrait nous conduire rapidement à l’élaboration d’un Plan d’Investissement Climatique pour la Région du Sahel et à l’organisation d’une Table Ronde pour son financement.
Je tiens à cet égard à réitérer toute notre reconnaissance à tous les partenaires, qui nous appuient dans ce processus.
Monsieur le Président,

Pays sahélien par excellence, caractérisé par un environnement physique très défavorable, le Niger a développé des politiques publiques visant la réduction de la vulnérabilité de ses populations. Résolument engagé dans la mise en œuvre de sa Contribution Déterminée au niveau National, le Niger poursuit ses efforts de réalisation de son Programme de Renaissance, notamment l’initiative 3N les Nigériens Nourrissent les Nigériens, basé sur de bonnes pratiques en matière de résilience climatique. Des initiatives pour l’aménagement des bassins versants du fleuve Niger et de la cuvette du Lac Tchad sont entreprises pour réduire la vulnérabilité des populations et  renforcer leurs capacités d’adaptation.
Très fortement engagé dans la lutte contre le changement climatique dont il connait et subit les méfaits, le Niger accueillera en début de l’année prochaine une Conférence Internationale sur la Désertification et l’Economie Verte, avec l’appui de diverses organisations régionales et internationales. Cette conférence précèdera la Table Ronde prévue pour le financement du Plan d’Investissement Climatique pour la Région du Sahel et permettra d’examiner et de retenir les mécanismes les plus à même d’assurer le financement approprié. Aussi invitons-nous tous nos partenaires à manifester leur solidarité avec nous en nous faisant l’honneur de leur présence à ces deux rendez-vous que Niamey organise sur le changement climatique.
Pour conclure je tiens à réaffirmer que le Niger est résolu à n’épargner aucun effort pour honorer les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris et en appelle à tous, en particulier les pays les plus développés à tout mettre en œuvre pour l’aboutissement total des nobles objectifs de cet accord.

Je vous remercie

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DISCOURS DE SEM ISSOUFOU MAHAMADOU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU NIGER A L’OCCASION DE LA 4ème REUNION DE LA TASK FORCE PRESIDENTIELLE SUR LE PROGRAMME DE LA MONNAIE UNIQUE CEDEAO

Excellence, Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, Président de la République Togolaise,
Excellence, Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire,
Excellence Monsieur Muhamadu Buhari,  Président de la République Fédérale du Nigéria,
Excellence, Monsieur Nana Akufo-Addo Dankwah, Président de la République du Ghana,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO,
Monsieur le Président de la Commission de l’UEMOA,
Mesdames et Messieurs les Ministres
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Chefs de Missions diplomatiques et Représentants des Organisations internationales,
Mesdames, Messieurs,  
Je voudrais souhaiter à nos illustres hôtes la chaleureuse bienvenue à Niamey et, leur dire combien le peuple nigérien, qui continue de porter avec ferveur les idéaux de solidarité et de coopération qui présidèrent à la création de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest(CEDEAO), se réjouit  de recevoir aujourd’hui la quatrième réunion du comité de haut niveau sur l’accélération du processus devant conduire à une monnaie unique pour les pays membres de notre organisation.
Je tiens à saluer et remercier mon frère et ami Faure Essozimna Gnassingbé, président de la république Togolaise, président en exercice de la conférence des chefs d’Etats et de Gouvernements de la CEDEAO qui a bien voulu honorer de sa présence cette importante réunion du comité de haut niveau, sur un des sujets majeurs de préoccupation en matière d’intégration de nos Etats : la monnaie unique.
Je voudrais saluer et féliciter le Président Alassane  Dramane Ouattara de la Cote d’Ivoire et le Président Muhamadu Buhari du  Nigeria, dont la participation à la Task Force autorise à penser qu’une grande impulsion sera donnée au processus d’intégration monétaire  de la CEDEAO.
Je tiens également à saluer mon frère et ami Nana Akoufo Addo Dankwah, Président de la République du Ghana, qui prend désormais la place de son prédécesseur, le Président John Dramani Mahama,   comme co-Président de notre comité.
Je voudrais enfin, saluer la présence parmi nous de Monsieur Marcel De Souza, Président de la Commission de la CEDEAO, dont la contribution à l’œuvre d’intégration au sein de notre organisation est bien connue.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Pendant que nous travaillons à renforcer l’intégration de nos Etats dans tous les domaines, des forces centrifuges et obscurantistes rament à contre-courant et cherchent à déstabiliser nos Etats par des actes de terreur et de barbarie.
Nous devons condamner fermement ces actes, et déplorer les pertes en vie humaine subséquentes. Les bilans terrifiants des récentes attaques et attentats survenus à Mogadiscio en Somalie, à Maiduguri au Nigeria, à Tonga Tonga et Ayorou au Niger sont une parfaite illustration du drame qui se joue dans nos pays.
A cet égard je vous invite à vous lever et à observer une minute de prière et recueillement à la mémoire des victimes de ces actes de terrorisme et de barbarie.

Je vous remercie 
       

Excellences,
Mesdames et Messieurs,
En février 2015 se tenait ici même à Niamey, la 3ème réunion du comité de haut niveau sur l’accélération du processus devant conduire à la monnaie unique des Etats membres de la CEDEAO, à l’horizon 2020. Les contingences de calendrier ne nous ont pas permis de nous réunir en 2016.
Il importe de rappeler que le programme de la monnaie unique adopté en 1987, après que l’idée eut été lancée en 1983, a été relancé en 2007, par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement qui a demandé à la Commission de la CEDEAO de réexaminer le processus de l’intégration monétaire devant conduire à  la création d’une monnaie unique de la communauté.
La mise en œuvre de cette instruction a abouti, le 25 mai 2009, à l’élaboration et à l’adoption par le Conseil de Convergence, d’une feuille de route pour le programme de la monnaie unique de la CEDEAO, suivant une approche à deux vitesses avec comme principales échéances, 2015 pour la monnaie commune des Etats non membres de l’UEMOA organisés dans la zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), et 2020 pour la monnaie unique de la CEDEAO intégrant les deux zones.
A l’issue de l’évaluation de la mise en œuvre de cette feuille de route, le Conseil de Convergence, lors de sa réunion du 17 janvier 2014, a fait ressortir de nombreux défis qui exigent l’abandon de l’approche à deux vitesses, pour aller directement à la création d’une monnaie unique en 2020.
C’est dans cet esprit que le Sommet Extraordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, qui s’est tenu en octobre 2013 à Dakar au Sénégal, nous a  confié, le Président de la République du Ghana et moi-même, la lourde et exaltante mission d’impulser une nouvelle dynamique au projet de la monnaie unique de la CEDEAO.
Pour ce faire, nous avions alors convenu, de mettre en place chacun un comité d’experts dont la mission est de nous assister dans la conduite de ce projet, ainsi que de nous réunir de manière alternée au Niger et au Ghana, pour constater l’état d’avancement du programme.
Sous l’égide la commission de la CEDEAO, nous avons mis en place une Task Force composée des Ministres de Finances du Niger et  du Ghana, d’un représentant du Président du Ghana, d’un représentant du Président du Niger, du Président de la Commission de la CEDEAO, du Président de la Commission de l’UEMOA, des huit Gouverneurs des Banques centrales, du Directeur Général de l’Agence Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) et du Directeur général de l’Institut Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO).
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
La présente session, la quatrième du genre, devrait nous permettre de faire avancer ce projet, en capitalisant sur les différents constats auxquels nous sommes parvenus, en formulant des observations allant dans le sens de la réalisation de cette ambition forte de nos pays et, en veillant à ce que les Chefs d’Etat et de Gouvernement qui nous ont mandatés en soient régulièrement informés.
L’élargissement de notre organe de pilotage du processus de la création de la monnaie unique aux Chefs d’Etat du Nigéria et de la Côte d’Ivoire, que nous avons opportunément  sollicité et obtenu, constitue un atout fort qui nous permet de surmonter les obstacles que nous ne manquerons pas de rencontrer. Il s’agit là d’un renfort de poids et d’une avancée importante dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations de la Task Force.
Je dois reconnaitre que, le président Ouattara, de par sa formation et son parcours professionnel au plus haut niveau au sein des institutions monétaires les plus prestigieuses, est très au fait des questions monétaires. En effet avant d’être appelé à la magistrature suprême de son pays, il fut  Vice-Gouverneur puis Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest(BCEAO) et  Directeur du Département Afrique au Fonds Monétaire International(FMI), à des moments où les questions économiques et monétaires étaient au centre des préoccupations des dirigeants. Sa contribution peut être décisive dans l’accélération du processus d’intégration monétaire. 
Le président Buhari quant à lui, est un chef d’Etat avisé, réputé pour sa rigueur et son leadership en matière de prise de décision de gestion dans les situations les plus difficiles. Si j’ajoute le fait que mon frère et ami Nana Akoufo Addo est un économiste, un juriste et un avocat de renom, je ne peux qu’être optimiste  et avoir une confiance absolue sur la capacité de notre comité à produire les réflexions et proposer à nos pairs les décisions les plus appropriées sur les questions monétaires. Enfin je suis sûr que le leadership du président Faure Gnassingbé nous permettre de faire des progrès certains pendant son mandat à la tête de notre communauté. 
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Les trois précédentes rencontres, tenues alternativement à Niamey et à Accra, ont formulé des recommandations tendant à la rationalisation des critères de convergence en vue de les réduire et ou de simplifier les repères, à la rationalisation des institutions avec leur maintien en l’état tout en redéfinissant leurs rôles avant la création de l’Institut Monétaire de la CEDEAO, au financement, par la CEDEAO des activités inscrites dans la feuille de route.
La quatrième réunion de la Task Force devrait faire fonds de ces différentes recommandations pour aller vers les étapes futures de cette entreprise communautaire. Nous devons faire le point de la mise en œuvre effective de ces recommandations, réitérer celles qui n’ont pas fait l’objet de mise en œuvre ou qui l’ont été insuffisamment. C’est le cas de la question de financement par la CEDEAO des activités inscrites sur la feuille de route, de la rationalisation des institutions, du respect des critères de convergence ainsi que du renforcement du mécanisme de surveillance multilatérale.
La mise en place d'une union monétaire est à la fois une décision économique et politique. Les enjeux sont importants et les défis multiples et redoutables. Une monnaie unique, en réduisant les coûts des transactions, en faisant converger les taux d’inflation, et en assurant la transférabilité des capitaux, renforcera les échanges des biens et des services, amplifiera la croissance économique et donc la prospérité des peuples de chacun de nos pays.
Nous devons cependant aborder la question de l’échéance avec réalisme et responsabilité. Les remises en question répétitives des dates de l’avènement de notre monnaie unique, même si elles se justifient, peuvent développer une lassitude et installer un scepticisme dans l’esprit de nos concitoyens. Notre monnaie unique tant annoncée mais jamais au rendez-vous, ne doit pas être perçue, au mieux comme un signe d’impréparation, au pire comme un manque de volonté politique. La monnaie unique CEDEAO ne doit pas être « l’Arlésienne », toujours annoncée mais jamais arrivée.
Nous devons tout mettre en œuvre pour le respect de  la date de 2020, même si nous devrions commencer par une formule novatrice. Par exemple est-il possible d’envisager, suivant une approche gradualiste,  la création formelle par les Etats qui sont techniquement prêts en terme de convergence macroéconomique, d’une monnaie unique qui pourrait circuler comme une unité de compte à partir de 2020, dans un système de compensation dont la mise en place pourrait  provenir d’une harmonisation des systèmes de paiements ?Dans cette hypothèse, les transactions importantes entre les opérateurs économiques de la Communauté seront libellées dans cette monnaie, ainsi que la tenue de  leur  comptabilité. La circulation des signes monétaires pourrait intervenir à une date ultérieure et l’adhésion des autres états se ferait au fur et à mesure de leur aptitude à respecter les critères de convergence.
Du reste une telle formule a été expérimentée avec succès par les pays Européens, qui ont créé l’Euro à onze, comme monnaie unique Européenne, dès la 1er janvier 1999, en commençant par la mise en œuvre d’une politique monétaire unique et la fixation de manière irrévocable des taux de change des monnaies participantes, alors que la circulation fiduciaire ne fut effective qu’en 2002. Les autres pays ont rejoint progressivement au fur et à mesure de leur état de préparation.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Des cinq régions de l’Union Africaine, la CEDEAO apparait comme la sous-région la plus avancée en matière d’intégration économique. Elle enregistre des avancées significatives en matière de libre circulation des personnes et des biens, en matière d’harmonisation de politique et de mise en œuvre de programmes communautaires. A ce rythme elle apportera une contribution remarquable aux programmes continentaux de l’Union Africaine tels que le programme de la zone de libre-échange continentale (ZLEC) dont le projet de protocole est sur le point d’être finalisé. Elle doit continuer à jouer ce rôle d’avant-garde y compris sur le plan de l’intégration monétaire. En effet elle est la première organisation a adopté dès 1987, un protocole portant programme de coopération monétaire avec comme objectif une monnaie commune pour les Etats membres. Les autres organisations régionales  comme la SADEC n’ont fait que  lui emboiter  le pas. Elle se doit donc d’être la première à atteindre l’objectif d’une monnaie commune de manière effective.  
Je souhaiterais réaffirmer notre ferme volonté et notre foi pour le succès de cet objectif communautaire qui nous est si cher, parce qu’il est porteur de prospérité pour nos pays et rappeler ici, que notre démarche doit désormais reposer sur certaines convictions :
-la conviction que l’intégration monétaire doit reposer sur une volonté politique sans équivoque et un leadership des économies les plus fortes de la région; j’ai nommé le Nigeria, le Ghana et la Cote d’Ivoire. 
-la conviction qu’une bonne gouvernance, construite sur une politique budgétaire harmonisée et vertueuse et une politique monétaire prudente, est le gage de la confiance qui sera placée en notre monnaie;
-la conviction enfin qu’une libre circulation effective, des biens et des personnes, donnera à notre  monnaie toute sa valeur et sa dimension privilégiée à l’échelle du continent.
Pour terminer je vous laisse méditer cette citation attribuée au roi Guezo du Dahomey : « La jarre trouée contient l’eau qui donnera au pays le bonheur. Si tous les enfants venaient, par leurs doigts assemblés boucher les trous de la jarre percée, le pays serait sauvé ». Aujourd’hui c’est par l’intégration que nous boucherons les trous de la jarre percée.

Sur ce, je déclare ouverte la quatrième réunion du comité de haut niveau de la CEDEAO sur l’accélération du programme de la monnaie unique.

Je vous remercie de votre attention.

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Déjeuner d’Etat en l’honneur du Président ISSOUFOU MAHAMADOU. PALAIS DU GOUVERNEMENT Australien. Vendredi 13 octobre 2017. ALLOCUTION (TOAST) DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE CHEF DE L’ETAT.

Sa Majesté la reine et le peuple d’Australie,
Excellence Général, le Très Honorable, SIR PETER COSGROVE,
Excellence Lady COSGROVE,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

C’est avec un grand plaisir que je prends la parole et, à l’entame de mon propos, je voudrais réitérer à Son Excellence  le Gouverneur Général du Commonwealth d’Australie, le Très Honorable Général Sir Peter Cosgrove et à l’ensemble du Gouvernement Australien, la gratitude du peuple nigérien, pour l’invitation qui m’a été adressée à l’effet d’effectuer la toute 1ère visite officielle d’un Chef d’Etat nigérien en Australie et de ce fait, jeter les bases d’une coopération bilatérale mutuellement bénéfique et dont le potentiel est immense.
Je suis donc porteur d’un message d’amitié et de fraternité du peuple nigérien au peuple australien, lesquels partagent les mêmes valeurs et les mêmes aspirations dans ce monde globalisé où les distances sont réduites à néant, du fait des progrès technologiques notamment en matière de transport et de communication.
Au demeurant, le Niger et l’Australie se côtoient et travaillent ensemble, notamment dans le cadre du Système des Nations Unies, pour la promotion et la culture de la paix, la sécurité et le développement durable  dans le monde ; ce monde aujourd’hui confronté à des défis multiples et complexes. 
Excellence;
Permettez-moi, sur ce point de rappeler et de saluer votre engagement personnel pour la cause de la paix. Militaire de carrière vous connaissez mieux que quiconque ce qu’est la guerre et ce qu’est la paix. En effet votre carrière dans l’armée australienne, fut tout simplement exceptionnelle avec de très hauts faits d’armes, qui vous ont valu d’importantes décorations et distinctions dont la croix de guerre et la médaille nationale mais surtout une fin de carrière élogieuse comme chef d’Etat-Major Général des forces armées.  Vous avez acquis une renommée internationale, suite à votre succès éclatant dans la conduite, au titre des nations unis,  de la mission de la force internationale pour le Timor Oriental (INTERFET).
Je saisis l’occasion de ma présente visite pour relever et saluer l’attitude de solidarité agissante de l’Australie et sa contribution active à l’endroit des pays en voie de développement dans le cadre du Système des Nations Unies et de la coopération bilatérale. 

Excellence,
J’ai répondu positivement et avec plaisir à votre invitation afin de pouvoir mieux connaitre l’Australie, ce pays fascinant qui présente des similitudes géographiques et géophysiques avec le Niger et qui affiche des réussites exemplaires notamment dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, de l’hydraulique, de la santé, de l’éducation, des mines, de l’énergie solaire, de l’art et de la culture.
Votre pays est envié pour être l’un des pays de l’OCDE les plus ouverts aux investissements directs étrangers et l’un des plus performants avec vingt-six années consécutives de croissance économique, et par ailleurs cinquième mondial et deuxième pays du G20 en termes de PIB par habitant. Je relève avec un grand intérêt que l’Australie est aujourd’hui le 2ème marché de financement de projets en Asie, le 6ème marché d’actions au monde et le 5ème marché mondial d’introduction en bourse. C’est donc à juste titre que votre pays exprime son ambition de participer à la gestion des enjeux globaux notamment à travers le conseil des droits de l’homme et le conseil de sécurité ou il est candidat respectivement pour les périodes 2018-2020 et 2029-2030. Le Niger exprime tout son soutien à ces candidatures. 
Mon pays le Niger, est un pays jeune,  il doit faire face par conséquent à des défis énormes inhérents à toute jeune nation. Mon Gouvernement s’attèle, à relever ces défis, avec l’appui appréciable de partenaires techniques et financiers. Il met en œuvre depuis 2011 le Programme de la Renaissance du Niger, qui vise la renaissance culturelle du pays, la consolidation de ses institutions démocratiques, la sécurité des personnes et des biens, la réalisation des infrastructures routières, ferroviaires, énergétiques et de télécommunication, la faim zéro à travers la mise en œuvre de l’initiative 3N,l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, la promotion de l’éducation et de la formation professionnelle et technique, la santé ainsi que la promotion de l’emploi pour les jeunes.
Permettez-moi d’insister sur les questions de sécurité ; en effet depuis l’effondrement de l’Etat voisin de la Libye, le Niger fait face aux harcèlements de groupes terroristes et criminels à ses frontières et il investit d’énormes sommes dans la sécurité, au détriment des actions de développement économique et social. L’engagement de mon pays dans la lutte contre le terrorisme, les enlèvements crapuleux et autres trafics illicites, est total comme en témoigne sa participation dans la force multinationale mixte pour la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram dans la région du Lac Tchad, sa participation dans la force conjointe des pays du G5 Sahel en gestation, sa participation dans les opérations de maintien de la paix en Côte d’Ivoire, en République Centrafricaine et au Mali, sa collaboration dans les opérations spéciales avec les pays, comme la France et les USA, engagés dans la lutte contre le terrorisme.
Je tiens aussi à vous dire que je suis impressionné par votre formidable système institutionnel et politique, qui  constitue une source d’inspiration et un modèle, pour avoir insufflé la stabilité et la prospérité qui sont celles de l’Australie d’Aujourd’hui.
Je souhaite vivement que s’établisse entre le Niger et l’Australie une coopération active dans des domaines d’intérêt à convenir, notamment à l’occasion de ma présente visite.
Je salue votre ouverture dans ce sens que j’ai notée tantôt à travers vos propos très prometteurs, Excellence Monsieur le Gouverneur Général, tout comme je salue la disponibilité des différents interlocuteurs que ma délégation et moi-même avons rencontrés à l’occasion de très intéressantes visites.        
En terminant mon propos, je voudrais rendre hommage à Son Excellence Lady COSGROVE qui nous fait l’honneur et l’amitié de partager ces moments de convivialité et j’espère la recevoir, très prochainement, en votre Compagnie au Niger.

Excellence  Monsieur le Gouverneur Général,
Excellence  Lady COSGROVE,
Mesdames et Messieurs,
Je vous invite à lever vos verres et à porter un Toast, pour saluer l’amitié et la fraternité entre les peuples nigérien et australien, pour célébrer la coopération naissante et prometteuse entre le Niger et l’Australie.

JE VOUS REMERCIE.

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Allocution de son excellence monsieur Issoufou Mahamadou, Président de la République du Niger lors du forum des premières dames CEDEAO

Excellence Monsieur le Président de la République Togolaise, et Président en Exercice de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO,
Mesdames les Premières dames,
Monsieur Marcel de Souza, Président de la Commission de la CEDEAO,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Madame et Messieurs les Présidents des Institutions de la République,
Honorables Députés,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Chefs des Missions Diplomatiques, Consulaires et Représentants des Organisations Internationales,
Honorables Chefs Coutumiers et Religieux ;
Mesdames, Messieurs,
Notre pays vient une fois de plus de faire l’objet d’une attaque de groupes terroristes, attaque qui s’est soldée malheureusement par un nombre important de victimes parmi nos forces de défense et de sécurité et leurs instructeurs Américains.
Les femmes et les enfants paient un lourd tribut au terrorisme de manière directe comme victimes innocentes et de manière indirecte en tant que mère et épouses. Elles viennent une fois de plus de perdre des fils et des maris. A la mémoire de nos soldats tombés sur le champ d’honneur, à la mémoire de toutes les victimes du terrorisme, je vous demande d’observer une minute  de silence.
Je vous remercie
Mesdames, Messieurs,
Le Niger est particulièrement honoré d’accueillir les Premières Dames  des Etats Membres de la CEDEAO dans le cadre du présent forum.
Je voudrais souhaiter la bienvenue et adresser mes vifs remerciements aux premières dames et à toutes les délégations qui ont fait le déplacement de Niamey. Votre présence conforte les liens de fraternité et de solidarité unissant les peuples Africains et illustre fort éloquemment la vitalité et la solidité de l’intégration régionale de nos Etats dans le cadre de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Permettez-moi de saisir cette occasion solennelle pour rendre un hommage mérité à mon frère et ami Faure Gnassingbé, Président de la République Togolaise, et Président en Exercice de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO qui malgré un agenda surchargé a tenu à faire le déplacement de Niamey et honoré de sa présence cet important évènement.
Je tiens à saluer Monsieur Marcel de Souza, Président de la Commission de la CEDEAO, dont le leadership a permis de donner une nouvelle impulsion  aux activités de notre Organisation, confirmant ainsi son rôle de cadre privilégié en matière d’intégration régionale et de développement économique et social de nos pays.
Mesdames les Premières dames,
Trois thèmes d’une grande importance sont inscrits aux débats de votre forum à savoir :
- l’éradication de la fistule obstétricale ;
- la protection de l’enfant contre les abus et l’exploitation ;
- les mutilations génitales et les violences basées sur le genre
Ces trois thèmes intimement liés sont des défis majeurs par rapport auxquels nos populations attendent des réponses appropriées au niveau communautaire et au niveau de chacun de nos Etats.
Du reste ces défis s’inscrivent dans le cadre plus général de la lutte contre la pauvreté et l’ignorance qui sont les terreaux de tous les fléaux y compris le terrorisme et l’extrémisme ; nous en sommes conscients. Notre prise de conscience transparait dans les décisions et engagement adoptés par nos Etats au niveau des instances internationales, régionales et nationales.
Ces engagements traduits sous formes d’orientations et de programmes de développement à moyen et long terme ont tous pour objectif commun la réduction de la pauvreté, et l’élévation du niveau de vie des populations.
Il me plait de rappeler qu’au niveau international,  l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté  le 27 Septembre 2015, le Programme de Développement Durable pour l'horizon 2030, dont l'ambition est d'éradiquer la Pauvreté d'ici 2030 et de ne laisser personne à la traîne dans le processus. Les 17 objectifs de développement durable (ODD) et les 169 cibles visées témoignent de l’ampleur de ce nouveau programme universel et montrent à quel point il est ambitieux. Deux de ces objectifs à savoir l’ODD 3 relatif à la santé et l’ODD 5 relatif à l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, cadrent parfaitement avec les thèmes soumis à votre attention.
Au niveau continental je voudrais rappeler le programme 2063 de l’Union Africaine, adopté par nos Etats avec pour objectif un continent intégré et prospère à l’horizon 2063. Dans ce cadre un projet de protocole de la zone de libre-échange continentale sera présenté aux chefs d’Etats et de Gouvernement à l’occasion de leur prochain sommet.
Au niveau sous régional, la CEDEAO poursuit avec vigueur la mise en œuvre de la vision 2020 adopté en 2008, y compris les nombreux programmes sectoriels communs qui l’accompagne et qui visent une plus grande intégration des économies des Etats membres tels qu’un tarif extérieur commun, un marché unique, une monnaie commune, un réseau électrique interconnecté ainsi que des voies de communication interétatiques. A ce sujet le comité monétaire de haut niveau que j’ai l’honneur de coprésider avec SE le Président du Ghana, se réunira le 24 Octobre prochain à Niamey pour évaluer les progrès réalisés et les étapes restantes en vue de la création de la monnaie unique des Etas membres de la CEDEAO.
Au niveau national nous mettons en œuvre un programme dénommé programme de renaissance avec pour objectif de ramener la proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté de 45% en 2015 à 31% en 2021.
C’est dire que nos Etats sont fortement engagés dans la lutte contre la pauvreté et pour l’atteinte des objectifs de développement durable.
Mesdames, Messieurs,
La fistule obstétricale, maladie souvent méconnue de la majorité de la population, survient durant les accouchements prolongés, compliqués ou sans assistance médicale. Elle touche particulièrement les jeunes femmes de 15 à 24 ans, victimes de mariages précoces ou forcés et par conséquent de maternités précoces ainsi que les femmes victimes des mutilations génitales telles que l’excision. Il en est de même pour les femmes en âge avancé, lors de leur dernier accouchement. Cette pathologie affecte près de deux millions de femmes dans le monde dont la plus grande partie en Afrique.
Toutes ces catégories de victimes sont surtout des femmes vivant en milieu rural et souffrant de l’analphabétisme, de la malnutrition et de la pauvreté.
La fistule obstétricale étant par excellence la maladie type liée à la reproduction, ce thème donne l’occasion d’aborder  le problème plus vaste de la santé de la reproduction.
Au niveau mondial il a été observé une baisse du taux de mortalité maternelle de 45% entre 1990 et 2015. Cependant il subsiste une grande disparité car ce  taux est de  15 fois plus élevé dans les pays développement que dans les pays développés. On note également que la moitié seulement des femmes dans les régions en développement ont bénéficié du minimum recommandé de soins de santé. C’est dire qu’il y a encore d’énorme progrès à faire en matière de santé de la reproduction particulièrement au niveau des Etats de la sous-région.
Le programme de renaissance du Niger se fixe pour objectif de développer la Santé de la Reproduction en mettant l’accent sur la santé de la femme, de l’enfant, des jeunes et adolescents, notamment en mettant l’accent sur la planification familiale, la consultation post natale,  l’accouchement assisté, une prise en charge de qualité de la mère et de l’enfant, le développement des stratégies pour renforcer la santé des jeunes et adolescents, l’amélioration de l’accès des femmes et des jeunes filles aux services de santé reproductive et aux informations  y afférentes et de manière générale l’amélioration significative de la couverture des interventions à haut impact pour la santé de la mère.
Certes la mise en œuvre des programmes axés sur la santé de la reproduction permettra de réduire significativement les cas de fistule obstétricale, mais en attendant, que faire pour les femmes victimes et que nous appelons abusivement les fistuleuses, condamnées à vivre l’ostracisme et l’exclusion sociale? Ces femmes ne doivent pas être condamnées à passer le reste de leur vie dans les réduits des hôpitaux. Elles doivent pouvoir bénéficier d’une prise en charge médico-sociale, y compris la chirurgie réparatrice pour améliorer significativement leur condition et leur permettre de reprendre leur place dans la société. Compte tenu de leur état d’extrême pauvreté un élan de solidarité nationale et internationale est nécessaire.
Le Niger a élaboré et démarré la mise en place la stratégie nationale d’éradication de la fistule obstétricale 2016-2020, articulée autour du renforcement de la prévention, de l’augmentation de l’offre et de la capacité de prise en charge thérapeutique et psychologique des femmes victimes, la réintégration socio-économique, le renforcement de la coordination du partenariat et la capitalisation des acquis.
En ce qui concerne la protection de l’enfant contre les violences abus et exploitation, il convient de rappeler que tous nos pays sont parties à la convention internationale sur le droit de l’enfant de septembre 1989 et à la charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant de juillet 1990. Ces deux conventions,  ratifiées par nos pays, consacrent des droits et une bonne protection juridique aux enfants. De plus le Niger a adopté en 2013 un document cadre de protection de l’enfant.
Force est de reconnaitre que le problème de la protection de l’enfant dépasse le cadre juridique, qui du reste a très peu de failles ; il est tout simplement lié à notre mentalité et notre attitude par rapport à l’enfant. L’enfant est perçu comme une assurance vie pour subvenir aux besoins des parents à un âge avancé. L’enfant est perçu comme une source de main d’œuvre gratuite corvéable quel que soit son âge pour aider les parents dans les exploitation agricoles et ateliers. Ces attitudes et mentalités, malheureusement très généralisées dans nos sociétés africaines, ne sont pas compatibles avec les dispositions des conventions internationales sur la protection des enfants signées et ratifiées par nos Etats.
Il nous faut donc procéder à une reconversion nécessaire des mentalités afin de percevoir désormais l’enfant comme il se doit, c’est-à-dire une charge pour les parents car il faut assurer son éducation, sa protection et son insertion sociale. C’est dans ce sens que se pose la question de la procréation responsable.
Le programme de renaissance du Niger aborde la question de protection de l’enfant à deux niveaux. Le premier est relatif au changement de mentalité et d’attitude adressé dans l’axe renaissance culturelle avec pour objectif une transformation politique économique et sociale de notre société. Le deuxième niveau est relatif à l’éducation et la santé avec pour objectif la scolarité universelle et une meilleure couverture sanitaire.
Par rapport aux mutilations génitales et aux violences basées sur le genre, il convient de rappeler que nos pays sont parties à la convention des nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes du 18 Décembre 1979. Outre l’interdiction des discriminations, cette convention apporte la protection juridique nécessaire aux femmes contre les violences y compris les mutilations génitales.
Les femmes représentent un peu plus de 50% de la population de nos Etats. Marginaliser 50% de la population c’est geler 50% du potentiel productif de la nation. Aussi nos Etats doivent-ils  protéger les femmes contre l’obscurantisme et les pratiques sociales néfastes telles que les mutilations génitales sous toutes leurs formes ainsi que les violences basées sur le genre et les aider à libérer leur potentiel productif.
Au Niger les amendements nécessaires ont été apportés au code pénal pour criminaliser les mutilations génitales des femmes et les pratiques de violence basée sur le genre. Pour améliorer la contribution des femmes au développement, le Niger mise sur l’éducation de la jeune fille en rendant l’école obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, en améliorant le ratio du nombre de filles par rapport au nombre de garçons à tous les niveaux de scolarité et en renforçant l’autonomisation des femmes à travers les activités génératrices de revenus.
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais remercier les premières pour l’intérêt tout particulier qu’elles accordent aux sujets que je viens d’évoquer. Je voudrais aussi saluer et remercier  la CEDEAO et en particulier la commission en charge du genre ainsi que les Ministres des Etats membres de la CEDEAO pour la bonne préparation de ce forum.
Je vous remercie

 

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Déclaration de Son Excellence Monsieur ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République du Niger, Lors de la Session 2017 des Rencontres Mondiales pour la Paix organisées par la Communauté de Sant ‘Egidio

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de saluer et de remercier Madame Angela Merkel pour l'hospitalité qui nous est toujours offerte chaque fois que nous sommes en Allemagne.

Permettez-moi aussi d'exprimer mes remerciements aux responsables de la Communauté de Sant ’Egidio et en particulier à son Président Monsieur Marco Impagliazzo, pour m’avoir convié aux assises de la présente session.

Je tiens à saluer le travail irremplaçable de Sant ‘Egidio qui, des décennies durant, a mené des initiatives les plus audacieuses pour développer le dialogue entre parties à différents types de conflits, pour rapprocher des dirigeants et des peuples divisés, pour promouvoir la paix dans le monde.

La Communauté Sant ’Egidio, grâce à son travail au niveau international dans l’éducation, l’action humanitaire, la promotion et la protection des droits humains, la promotion du développement économique durable ainsi que la promotion de la compréhension, la tolérance et la solidarité, apporte à l’humanité une contribution inestimable dans le renforcement de la culture de la paix.

Alors qu’elles paraissaient souvent improbables, ces initiatives ont été couronnées de succès parce que Sant ‘Egidio incarne et promeut les valeurs de notre humanité commune ; ces mêmes valeurs, si essentielles, qui doivent pousser tous les peuples du monde, quelles que soient leur religion, leur couleur de peau ou leur appartenance géographique, à la solidarité et à la poursuite des objectifs du bien-être collectif.  La très bonne réputation de Sant ‘Egidio fondée sur son brillant palmarès est bien méritée, parce qu’elle reflète si justement son apport inestimable et unique en son genre dans la résolution des conflits et la promotion de la paix et de la réconciliation.

En tant que dirigeant et acteur de la vie politique nigérienne, des souvenirs vivaces me lient à la Communauté de Sant'Egidio : C’est notamment le cas de l’aide apportée au Niger par Sant’egidio, à un moment où mon pays en avait le plus besoin, à travers l’initiative d’un Pacte Républicain, signé par de nombreuses personnalités politiques Nigériennes en 2010 à Rome, et qui a permis de restaurer le cadre démocratique et institutionnel au Niger. 

C’est aussi le cas pour la visite à Niamey en février 2012 de Monsieur Andrea Riccardi, alors Ministre des Affaires Etrangères à l’occasion de son premier voyage en Afrique, tout comme pour ma propre visite au siège historique de Sant ’Egidio en avril 2017.
Je tiens donc à réaffirmer ici le grand intérêt que le Niger accorde au travail original de Sant ’Egidio, à son magistère bienfaisant au service des peuples du monde.

Mesdames Messieurs,

Permettez-moi de saluer la pertinence du thème des présentes assises à savoir « les chemins de la paix ». La question de la paix est toujours d'une brulante actualité. Il me parait indispensable d'évoquer, ici, certaines des causes profondes des conflits qui secouent le monde.

D'abord les inégalités. Les inégalités qui existent aujourd'hui dans le monde, inégalités entre pays et inégalités à l'intérieur d'un même pays sont générateurs de conflits. L'histoire de ces 30 dernières années montre que le fossé entre riches et pauvres ne fait que s'élargir.

La deuxième cause de conflit que je souhaite aborder est la pauvreté. Des millions d'êtres humains sont toujours exposés à la faim et n'ont accès ni à l'éducation, ni à l'eau potable, ni aux soins de santé. C'est le cas en particulier des femmes et des enfants qui constituent les couches les plus vulnérables dans beaucoup de pays.

L'intolérance est une autre cause de conflit. Étymologiquement, "tolérer" veut dire "souffrir la présence de l'autre". "L'autre", c'est aussi bien une opinion qu'un individu, une culture qu'une société, aussi bien une religion qu'une communauté. Ainsi, appelle-t-on barbares ceux qui sont d'une autre civilisation, ignorant que les cultures s'enrichissent en s'interconnectant. En effet, pour citer un exemple, on oublie souvent que des innovations comme la charrue, le cheval de trait, la boussole, la poudre à canon, l'imprimerie, venaient de Chine, et ont contribué à féconder la civilisation occidentale.

Comme on le sait, le problème clé de la relation à l'autre est la reconnaissance. Il est important de reconnaitre que tous les êtres humains, quels que soient leur origine, leur religion, leur race, leur âge leur sexe, ont la même dignité. Il faut aussi accepter que le monde est culturellement divers. Il faut avoir l'esprit ouvert et construire des ponts entre civilisations et non des murs. Une culture close est une culture qui se refuse à être fécondée par des apports extérieurs.

L'intolérance est inséparable du dogmatisme. Or, avec ou sans Dieu, le dogmatisme est toujours dangereux. Il conduit au terrorisme aussi bien sur le plan politique que sur le plan religieux.
Parler du terrorisme et de l’intégrisme aujourd’hui, renvoie presque exclusivement à la religion musulmane alors qu’historiquement les musulmans se sont montrés tolérants dans leurs sociétés, en Andalousie comme dans l’empire Ottoman à l’égard des Chrétiens comme à l’égard des Juifs. Dans l’histoire passée, l’Islam a eu une tradition d’ouverture et de tolérance, et le Jihad veut dire non pas la guerre sainte mais l’effort de résistance au mal en soi et de réforme de soi vers le bien.

Sur le plan idéologique et historique nous disposons donc de toutes les armes pour combattre le terrorisme jihadiste. Sur le plan militaire, nous nous efforçons de le vaincre dans le bassin du Lac Tchad où la Force Mixte Multinationale composée des contingents de quatre pays (Cameroun, Niger, Nigeria, Tchad) combat Boko Haram. Nous nous efforçons également de le vaincre au Sahel, notamment au Mali avec la force conjointe du G5 Sahel composée des contingents du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad. Cette force manque cruellement de moyens, je profite de la présente tribune pour lancer un appel à la communauté internationale afin de la doter de moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission.

Mesdames, Messieurs,

Il est important de promouvoir le dialogue inter-religieux et intra religieux. Nous avons le devoir d'en parler, surtout ici en Westphalie où a été enterrée, en 1648, la hache de la guerre des religions. Pour qu’il soit fécond, ce dialogue doit se faire dans le respect, en absence de tout prosélytisme et de tout syncrétisme.

C’est dans cet esprit que nous avons créé au Niger, des comités de dialogue inter-religieux et intra religieux. Ces comités de dialogue inter-religieux et intra religieux sont créés au niveau départemental et au niveau régional pour débattre de toutes questions ayant trait aux pratiques religieuses, ainsi que de tout différent entre associations qu’elles soient de la même obédience religieuse ou non. Compte tenu du succès enregistré par ces comités, un comité National de dialogue inter religieux est en cours de création pour la prise en charge des mêmes questions au niveau national.

La démarche du Niger part du constat que toutes les religions monothéistes prônent les mêmes valeurs positives essentielles à la culture de la paix notamment le pardon, la tolérance, la générosité, l’altruisme, le respect de la personne et de la vie humaine, etc.

Par ailleurs, il a été créé une Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP). Elle déploie ses activités sur le territoire national avec beaucoup de succès. Les activités de cette institution ont été recentrées autour des actions de développement pour marquer le lien indéfectible entre paix, Sécurité et Développement. Les actions de la HACP visent ainsi à revitaliser l’économie nationale en produisant des dividendes de paix immédiats au profit des populations cibles. Il s’agit entre autres des activités relatives à l’établissement de services administratifs essentiels, à l’encadrement technique et à l’appui institutionnel aux collectivités des zones sensibles, à la réalisation des services sociaux de bases comme la santé, l’éducation, l’hydraulique.

La HACP a également mis l’accent sur le renforcement des capacités dans la promotion de la coexistence et la résolution pacifique des conflits entre les communautés d’éleveurs et celles d’agriculteurs, à travers des rencontres de la paix. Il s’agit de renforcer la culture du débat démocratique contradictoire et développer les capacités de compromis et de consensus chez les acteurs intéressés ou concernés par les conflits.

Mesdames et Messieurs,

Les inégalités, la pauvreté, l'insécurité provoquée par le terrorisme et les organisations criminelles notamment de trafic de drogue, constituent, comme on le sait, certaines des causes profondes de la migration clandestine contre laquelle nous nous battons au Niger. Ce combat, nous le poursuivrons car il nous parait moralement inacceptable que des millions d'hommes, de femmes et d'enfants meurent dans le désert et en méditerranée. Nous le poursuivrons également pour la sécurité de notre pays car les passeurs sont à la fois des trafiquants d'armes et d'êtres humains. 

 

Mesdames et Messieurs,

Ce que je viens de dire peut être résumé en quelques mots par cette phrase de Nelson Mandela, ce leader visionnaire qui inspire au-delà de l’Afrique: ‘’ Personne ne pourra se reposer en paix tant que des gens seront courbés par le poids de la faim, des maladies, du manque d’éducation, et tant que des millions d’autres personnes à travers le monde vivront dans l’insécurité et la crainte quotidienne’’

J'encourage donc Sant'Egidio à poursuivre son combat pour la paix, contre la pauvreté et la faim, contre les inégalités, pour le dialogue inter et intra religieux et pour un monde plus juste et plus humain.

Je vous remercie.

 

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