Visite de travail du Président Mohamed BAZOUM – Sommet extraordinaire de la CEDEAO sur le MALI
Le président de la République, S.E M. Mohamed BAZOUM prend part ce dimanche 30 mai 2021 à un sommet extraordinaire à Accra placé sous l’égide de S.E. Nana AKUFO-ADDO, chef de l’Etat ghanéen et président en exercice de la CEDEAO. Cette session extraordinaire est exclusivement consacrée aux récentes évolutions politiques au Mali.
Cette Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement débutera par une allocution de bienvenue de S.E. Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, Président de la République du Ghana et Président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement suivie de travaux à huis clos.
Après l’adoption de l’ordre du jour, S.E. Goodluck Ebele Jonathan, Médiateur de la CEDEAO au Mali présentera le rapport sur la situation au Mali qui se poursuivra par des discussions. Un communiqué final sanctionnera ce sommet.
Le chef de l’Etat est accompagné dans ce déplacement du :
· Ministre d’Etat chargé des Affaires Etrangères et de la Coopération, M. Hassoumi MASSOUDOU
· Ministre délégué auprès du ministre d'Etat aux Affaires étrangères et de la Coopération, chargé de l'Intégration africaine : Youssouf MOHAMED ALMOUCTAR
Retour sur la situation au Mali
Le Mali est fragilisé depuis un certain temps par de nombreuses crises multiformes prévalant dans le pays. Pour comprendre l’état politique du Mali, il est nécessaire de faire une rétrospective. En 2012, un coup d’Etat est perpétré par la junte militaire à Kati. Cet événement amène au renversement du président Amadou Toumani Touré.
Suite à cela, une crise éclate au nord du pays. Elle oppose l’armée malienne contre les rebelles du MNLA et des mouvements djihadistes (dont Ansar Dine et AQMI). La tentative d’invasion de la part de divers groupes djihadistes provoque une crise qui durera quatre mois. Le Mali était accompagné du Tchad, de la MISMA, une coalition armée de pays africains, et de la France (qui prête toujours main forte au Mali jusqu’à aujourd’hui).
Toutefois, malgré la signature d’un accord de paix à Alger en 2015, la crise qui était au Nord s’est déportée au centre. Aujourd’hui, elle est toujours en cours.
Le coup d’Etat
Le matin du 18 août a marqué un tournant majeur dans cette crise politique. Des militaires prennent le contrôle du camp Soundiata Keïta, situé à Kati. Le président malien et son premier ministre Boubou Cissé sont arrêtés.
Dans la nuit du 18 au 19 août, l’ancien président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, annonce qu’il délaisse ses fonctions de président pour préserver la stabilité du pays. Le 27 août 2020, la junte militaire relâche Ibrahim Boubacar Keita après dix jours de négociations avec la CEDEAO.
C’est ainsi que, depuis le 18 août 2020, le pays est dirigé par les militaires du CNSP (Comité national pour le salut du peuple) avec à sa tête Assimi Goita, un des participants au coup d’Etat.
Les réactions internationales face à la crise malienne
Dès l’annonce de la détention de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita, l’UA (l’Union Africaine) a demandé sa « libération immédiate ». La CEDEAO (Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest), médiatrice au Mali, a condamné le putsch des militaires maliens. L’organisation compte « suivre de très près la situation ».
Le 19 août 2020, l’UE réclame « la libération des prisonniers » et un « retour à l’Etat de droit ». Les Etats-Unis, quant à eux, ont suspendu leur aide militaire, et se sont opposés à tout changement constitutionnel.
Les conséquences du coup d’Etat
Ce coup d’Etat renforce l’instabilité politique du Mali. C’est pour cette raison que les pays d’Afrique de l’Ouest ont fermé leurs frontières au Mali, sauf pour les marchandises de première nécessité comme les médicaments et l’énergie. En revanche, la Task Force Takuba qui a été créée pour aider les forces militaires maliennes est maintenue.
La CEDEAO est en pleine négociation avec les militaires, et les appelle à transférer le pouvoir aux civils. De plus, elle appelle à une transition maximale de douze mois. Pour cette raison, le 7 septembre, l’organisation a exigé un nouveau président civil de transition, ainsi que l’organisation d’élections dans un délai d’un an. Du côté des Maliens, plusieurs figures publiques désirent une phase de transition paisible pour le pays.
Le coup d’Etat du 24 mai
Le coup d'État de 2021 au Mali commence le 24 mai 2021, lorsque l'armée malienne met fin à cette première transition en arrêtant le président Bah N'Daw, le Premier ministre, Moctar Ouane ainsi que le ministre de la Défense désigné, Souleymane Doucouré.
Au lendemain de l’opération, le vice-président Assimi Goïta annonce avoir pris le pouvoir. Il s'agit du troisième coup d'État dans le pays en dix ans, après les prises de contrôle militaires de 2012 et de 2020.
Suites du Coup d’Etat
Le 26 mai, Bah N'Daw et Moctar Ouane annoncent leur démission au médiateur de la CEDEAO Goodluck Jonathan. Par la suite, et « jusqu'à nouvel ordre », Assimi Goïta devient président de la Transition par intérim et les deux anciennes figures de l’exécutif sont libérées dans la nuit du mercredi à jeudi 27 mai 2021.
Le 28 mai, constatant la vacance à la présidence, la Cour constitutionnelle le déclare président de la Transition par succession constitutionnelle jusqu'au terme de la période transitoire ; le Conseil National de la Transition lui apporte son soutien « pour toutes démarches utiles au bon déroulement de la transition ».
L'opération est condamnée par l'Union africaine, la CEDEAO, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'ONU. Le jour même, en marge d'une rencontre avec la classe politique, Assimi Goïta annonce que la fonction de Premier ministre reviendra au M5-RFP. Celui-ci désigne son chef, Choguel Maïga, pour prendre la tête du gouvernement.
Mission CEDEAO : rôle déterminant attendu
La CEDEAO avait immédiatement dépêché au Mali, le 25 mai, son émissaire chargé du suivi de la transition, l'ancien président nigérian Goodluck Jonathan. L'attitude de la CEDEAO, et plus globalement de la communauté internationale (France, États-Unis et l'ONU à travers sa mission malienne, la Minusma) sera déterminante dans la suite des événements. Le nouveau pouvoir cherche à s'assurer des soutiens, notamment de la population et des acteurs politiques, en particulier du M5, le mouvement de contestation qui avait fragilisé le pouvoir d'Ibrahim Boubacar Keïta, et permis le coup d'État contre ce dernier.
L’examen du rapport du Médiateur communautaire sur le Mali ce dimanche 30 à Accra et les discussions qui en découleront seront attendus et déterminants sur la suite de la Transition et le retour à une vie constitutionnelle normale dans le pays.