Bilan Axe 2 : ASSURER LA SÉCURITÉ DES PERSONNES ET DES BIENS SUR TOUTE L’ÉTENDUE DU TERRITOIRE NATIONAL


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Les objectifs visent à garantir la sécurité intérieure des biens et des personnes et rétablir le monopole de violence de l’État.

La mise en œuvre du Programme de Renaissance s’est opérée dans un climat sécuritaire sous-régional tendu, caractérisé par diverses menaces liées au trafic d’armes, de drogues, de cigarettes, de véhicules et même d’êtres humains avec comme conséquences l’instauration d’une économie criminelle à travers toute la bande Sahélo-saharienne et l’émergence de groupes narcoterroristes extrêmement bien organisés, possédant de très grandes capacités de nuisance, tantôt liés à AQMI, tantôt liés à d’autres organisations terroristes.

Pour faire face à cette situation, les autorités nigériennes ont entrepris plusieurs actions dans le cadre de la préservation de l’intégrité du territoire et de la souveraineté nationale afin de garantir la sécurité intérieure et transfrontalière des personnes ainsi que de leurs biens.

Au plan de la sécurité intérieure, les capacités des FDS ont été renforcées en ressources humaines, matérielles et financières.

Afin de disposer de ressources humaines nécessaires pour veiller à la quiétude sociale des populations, des recrutements ont été opérés dans tous les corps des FDS. Certaines unités des Forces Armées Nigériennes ont été délocalisées pour permettre un meilleur maillage du territoire national. Dans le même esprit, il a été procédé au redéploiement des Forces armées nationales et de la Garde nationale dans les zones sensibles notamment le nord Tillabéry, les sites pétroliers et la région de Diffa.

Par rapport aux ressources matérielles, les FDS ont été dotées de nouveaux avions, hélicoptères et aéronefs, de matériels roulants et d’équipements militaires adéquats ainsi que de la remise en état opérationnel de toute la flotte aérienne existante. Dans le cadre de la coopération militaire, deux avions de reconnaissance équipés de caméra multifonctions ont été offerts par les États-Unis d’Amérique.

En outre, plusieurs commissariats de police, postes frontaliers de sécurité et unités de protection civile ont été construits dans les régions de Maradi, Agadez, Tillabéry, Diffa et Zinder. Ce qui a permis le renforcement et la protection des postes militaires avancés dans les zones nord du pays et des postes militaires frontaliers dans l’est du pays ainsi que des points sensibles.

Il faut également noter la création de nouvelles unités de Gendarmerie Nationale et de nouveaux bureaux à l’annexe du Ministère en charge de la défense. Les bâtiments de ce ministère et plusieurs casernes ont été réhabilités.

Tableau N°7 : Construction, réhabilitation et équipements des infrastructures de sécurité intérieure

  Source   : MI/SP/D/AC/R

Source : MI/SP/D/AC/R

Ces réalisations ont été rendues possibles grâce à un effort de mobilisation des ressources financières suffisantes et à une libération conséquente des crédits.

Les conditions de vie et de travail des FDS ont été améliorées à travers l’élaboration et l’adoption de plusieurs textes relatifs à l’organisation et au commandement des FAN et de la Gendarmerie Nationale, l’adoption des statuts autonomes de la Garde Nationale du Niger ainsi que d’autres textes révisant la condition juridique du militaire en lui accordant des avantages.

Par ailleurs, des logements sociaux ont été construits (plus de 300 villas construites et 248 en cours) au profit du personnel et 126.430 m2 de terrain acquis. Un troisième site est en voie d’acquisition pour la réalisation d’autres logements sociaux.

Pour renforcer les capacités de la mutuelle militaire, une subvention de 100 millions de FCFA lui a été accordée en 2011. Cette subvention annuelle a été rehaussée à hauteur de 200 millions de FCFA à partir de 2012.

De plus, des aides matérielles et financières ont été accordées aux militaires blessés, aux orphelins et veuves des militaires et gendarmes décédés, aux familles des militaires touchées par les inondations. Afin de formaliser ces aides, 2 décrets ont été adoptés. Il s’agit du décret portant prise en charge des orphelins, veuves, ascendants directs des militaires et gendarmes décédés en service commandé et du décret modifiant et complétant le décret portant modalités d’indemnisation des agents des FDS, de leurs ayants droits, de leurs ascendants directs ou des personnes victimes des opérations de maintien d’ordre ou de défense du territoire.

Toutes ces conditions réunies ont permis aux FDS de mener plusieurs interventions. Il s’agit notamment des patrouilles mixtes régionales et départementales sur toute l’étendue du territoire et d’autres interventions dans des zones particulièrement affectées par l’insécurité.

Au total, 8 patrouilles mixtes régionales, 63 patrouilles mixtes départementales et 14 patrouilles départementales sillonnent quotidiennement l’ensemble du territoire national depuis leur lancement en 2011.

A l’occasion de ces patrouilles, des milliers d’individus ont été interpellés pour contrôle d’identité et des armes de tous calibres (111 AK47, 18 fusils artisanaux, 1 HKG3, 3 PM, 2 FAL, 3 FM, 11 PA, 24 fusils de chasse, 10.327 munitions, 50 chargeurs, 2 sacs d’explosif, 3 grenades, 160 dynamites) et plusieurs catégories de produits prohibés (150 kg de chanvre indien, 82.835 g de D5-D10, 237.823 litres d’essence et 901 boîtes de dissolution) récupérés. Ce qui a permis de restaurer et consolider la quiétude au sein des populations dans les villes et les campagnes.

D’autres actions ont également été planifiées et exécutées notamment l’opération Mali Béro, l’Etat-Major Tactique ainsi que la dépollution (déminage) des zones dans la région d’Agadez en particulier. En ce qui concerne les effectifs, ils ont été renforcés et leur nombre multiplié par deux notamment le long des frontières à risque de Wanzarbé à Aguendo. Les postes militaires de reconnaissance ont très vite été rendus opérationnels pour faire face à la situation sécuritaire qui prévalait.

En plus de ces interventions, un important programme de recensement physique des détenteurs légaux d’armes à feu a été lancé. Ce programme est couplé de séances de sensibilisation des populations sur les dangers de la détention et de la circulation illégales d’armes à feu. Ces actions ont permis l’identification physique de plus de 3.000 détenteurs d’armes à feu, la collecte de plus de 3.600 armes, de 19.345 munitions tous calibres confondus, dont 130 grenades et de 41 mines anti-véhicule.

La Commission Nationale de Collecte et de Contrôle des Armes Illicites (CNCCAI) a mis en place un registre et une base de données de tous les détenteurs légaux d’armes à feu et de 270 agents d’alerte sécuritaire précoce dans la zone nord des régions de Tillabéry, Zinder, Maradi, Diffa et Tahoua, auxquels 30 appareils Thuraya ont été remis. De plus, 125 relais communautaires ont été mis en place dans les communes des régions d’Agadez, Tahoua et Tillabéry. Les relais de la région d’Agadez ont bénéficié de 15 motos et de 50 appareils cellulaires pour renforcer leur opérationnalité.

Pour sécuriser davantage les populations, 700 km d’axes routiers ont été déminés, 967.722 m2 de superficie dépollués et déminés dans les secteurs de Gougaram et Tchountoulous, 4 km2 de superficie à Tazerzeit dépollués, 300 mines, 289 obus, 29 grenades et 40 roquettes récupérés et détruits. Ce qui a permis l’organisation et le bon déroulement de tous les évènements se déroulant habituellement dans la zone nord du pays à l’image du festival de l’Aïr.

Plusieurs autres actions ont été initiées et portent sur la mise en place d’un fonds de soutien aux initiatives de consolidation de la paix, la réalisation des travaux d’intérêt communautaire à haute intensité de main d’œuvre (HIMO) pour un montant de près de 8 milliards de FCFA, le financement de microprojets d’AGR de 4,2 milliards de FCFA et du programme d’urgence pour venir en aide aux retournés de la Côte d’Ivoire et de la Libye pour un coût de 1,34 milliard de FCFA.

A cela, s’ajoutent l’organisation de fora sur la paix et la sécurité (Arlit, Diffa, Birni N’Gaouré, Tillabéry, Ouallam, Belbégi, Tchintabaraden, Agadez et Tesker) et des missions de sensibilisation ainsi que des caravanes sur la paix, la sécurité et la coexistence pacifique, le renforcement des capacités communautaires des femmes et des jeunes dans la prévention et la gestion des crises. Toutes les recommandations issues de ces fora sont traduites en un plan d’actions mis en œuvre par la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP).

La mise en œuvre des actions pour la stabilité et la consolidation de la paix a permis :

- le développement substantiel des moyens de subsistance des communautés habitant les zones post-conflits ;

la protection de l’environnement dans la zone pastorale ;

- la stabilisation des jeunes dans leurs terroirs par la création d’emplois et la promotion de l’esprit d’entreprise ;

le relèvement des communes de la zone d’intervention de la HACP ;

le maintien de la stabilité sociale gage de la paix grâce aux fora et autres rencontres organisés ou soutenus par la HACP dans sa mission de veille.

D’autres actions plus spécifiques ont été organisées dans le département de Kantché pour lutter contre la migration clandestine des femmes et des enfants et dans les communes de Diffa, Chétimari, Maîné Soroa et Bosso pour contenir les menaces de Boko Haram.

Pour résoudre définitivement le problème d’insécurité, le Gouvernement a élaboré et met en œuvre la Stratégie pour le développement et la sécurité dans les zones Sahélo-Sahariennes du Niger (SDS-Sahel Niger). Cette stratégie couvre 70 communes dites de convergence dans 6 régions du pays.

Les principales actions réalisées portent sur :

- la formation et la sensibilisation de plus de 5.000 membres des forces de sécurité intérieure, des forces armées et des magistrats sur  plusieurs thématiques dont la gestion des crises et les droits de l’homme en période de crise ;

- la formation et le recrutement de 234 policiers municipaux pour les communes de la région d’Agadez ;

- l’amélioration de l’accès des populations aux opportunités économiques pour un montant de plus de 800 millions, dont 120 millions au profit de 108 groupements féminins des régions de Tahoua et Agadez, totalisant 2.304 femmes ;

- la construction d’infrastructures sanitaires, éducatives, hydrauliques et l’aménagement de sites maraîchers et des ouvrages d’assainissement ;

la construction d’un monument de la paix à Agadez ;

- l’insertion de 14.204 personnes (9.617 hommes et 4.409 femmes) à travers des activités de haute intensité de main d’œuvre ;

l’appui à l’élaboration des PDR et à l’organisation des fora.

Les capacités productives des populations ont été renforcées ainsi que celles des communes d’intervention de la SDS Sahel Niger à travers la mise en place des unités de police municipale dans 15 communes de la région d’Agadez ainsi que l’appui à la création de 2 radios communautaires dans les communes de Kourfeye Centre (Filingué) et Olléléwa (Tanout).

Au plan de la sécurité transfrontalière, le Gouvernement a, en plus de l’action militaire, mené une campagne diplomatique consacrée principalement à la promotion de la paix et de la sécurité en Afrique et dans le reste du monde.

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Pour faire face aux menaces sécuritaires dans les pays sahéliens, 5 pays à savoir le Niger, la Mauritanie, le Mali, le Tchad et le Burkina Faso ont décidé de la création du G5 Sahel, dont le siège est basé en Mauritanie et le Secrétariat Permanent est assuré par le Niger. L’objectif du G5 est de promouvoir la paix, la sécurité et le développement dans les pays membres. Le Secrétariat Permanent a élaboré une stratégie de développement et de sécurité dans la sous-région sahélienne. Cette stratégie est dotée d’un programme de projets d’investissement respectant « le critère intégrateur » et d’un programme d’investissement prioritaire (PIP) comportant des projets urgents d’un coût estimatif de 7.208 milliards de FCFA. Ce montant est composé de 199 milliards de FCFA pour la gouvernance, 3.365 milliards de FCFA pour les infrastructures, 1.033 milliards de FCFA pour la sécurité et 2.610 milliards de FCFA pour la résilience.

Pour lutter contre les attaques terroristes de Boko Haram, la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) a mis en place une force multinationale d’attente composée de 8.000 hommes.

Le Niger a activement participé aux efforts de maintien de paix dans le monde par l’envoi de contingents militaires dans le cadre de l’ONU à travers la MISMA et la MINUSMA au Mali, la MUNICI en Côte d’Ivoire, en République Démocratique du Congo, en Haïti, au Libéria et au Soudan.

Sur le plan de la diplomatie militaire, le Niger a renforcé ses relations de coopération sécuritaire avec les pays amis en particulier la France et les Etats-Unis. A cet effet, plusieurs actions conjointes ont été menées notamment à travers l’Eucap Sahel, l’opération Barkhane et l’opération Flintlock qui mènent également des actions de développement en faveur des populations. Des conventions de coopération militaire ont été signées avec d’autres pays notamment la Turquie et l’Iran.

Par ailleurs, dans le cadre de la sécurisation de la sous-région, une force multinationale a été mise sur pied pour lutter contre Boko Haram et des actions d’échanges de renseignements ont été initiées avec les pays amis. De même, en rapport avec la coopération française, un dispositif de l’armée française a été installé à Niamey afin de soutenir les efforts du pays dans la lutte contre le terrorisme dans la bande Sahélo-Saharienne. Les efforts de consolidation de la sécurité dans la sous-région se sont également traduits par l’implication du Niger dans la recherche et le sauvetage de deux avions, dont un pour le compte de l’armée française et le deuxième appartenant à une compagnie aérienne de l’Algérie

Pour renforcer la sécurité avec les pays voisins, le Gouvernement a engagé un dialogue ayant abouti à la matérialisation des frontières, à travers la mise en œuvre des arrêts du 12 juillet 2005 (Bénin-Niger) et du 16 avril 2013 (Burkina Faso-Niger) ainsi que la réhabilitation de la frontière Niger-Nigeria.

Dans le cadre de la mise en œuvre de l’arrêt du 12 juillet 2005, les activités de cartographies, préalables aux travaux terrain sont en cours d’achèvement.

Relativement à la mise en œuvre de l’arrêt du 16 avril 2013, une commission technique mixte paritaire pour l’abornement de la frontière Niger-Burkina (CTMA) a été instituée et les activités de terrain ont été lancées conjointement par les Ministres burkinabé et nigérien chargés des questions de frontières lors d’une cérémonie solennelle le 30 avril 2015. Cinq bornes frontières ont été construites ainsi qu’un forage au profit des populations du village de Dayahondo dans la commune rurale de Gorouol (département de Téra).

Parallèlement, le Comité Mixte Permanent des Experts chargés de la réhabilitation de la frontière nigéro-nigériane a poursuivi la réaffirmation de cette frontière. Les travaux de terrain ont permis la reconstruction de 19 bornes principales et 54 bornes intermédiaires dans les régions de Dosso, Tahoua et Zinder.

En sus, il faut souligner l’organisation à Niamey, en mai 2012, de la troisième conférence des ministres en charge des questions de frontières des pays membres de l’Union Africaine, l’adoption et la ratification de la Convention de l’Union Africaine sur la Coopération transfrontalière dite Convention de Niamey et la signature d’un accord portant création d’une commission Mixte paritaire de matérialisation de la frontière entre le Niger et le Tchad.

Le comité bilatéral frontalier Niger-Algérie a tenu ses 4ème et 5ème sessions en 2011 et 2015. Les comités bilatéraux locaux entre les régions du Niger et les Etats limitrophes de la République fédérale du Nigeria se sont réunis à plusieurs reprises et les patrouilles mixtes se sont également poursuivies.

La vision sécuritaire nigérienne a fini par faire école dans la sous–région. Elle a ainsi été adoptée par les institutions comme la CEDEAO, l’Union Africaine, la CEN-SAD, la CBLT à travers des rencontres régulières portant sur le sujet.

En somme, le Niger, comme reconnu au plan national et international, est resté durant le mandat un havre de paix et de stabilité dans un environnement régional marqué par des fortes pressions sécuritaires. Le Gouvernement entend poursuivre les actions novatrices de maillage sécuritaire intérieur et de défense des frontières du territoire à travers le renforcement des capacités opérationnelles des FDS, la coopération militaire sous régionale et la poursuite du lobbying diplomatique pour une prise en charge globale et cohérente de la question de développement-défense et sécurité.