Discours de SEM Issoufou Mahamadou Président de la République du Niger à l'occasion de la 4ème Réunion de la Task Force Présidentielle sur le programme de la monnaie unique CEDEAO

Excellence, Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, Président de la République Togolaise,
Excellence, Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire,
Excellence Monsieur Muhamadu Buhari,  Président de la République Fédérale du Nigéria,
Excellence, Monsieur Nana Akufo-Addo Dankwah, Président de la République du Ghana,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO,
Monsieur le Président de la Commission de l’UEMOA,
Mesdames et Messieurs les Ministres
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Chefs de Missions diplomatiques et Représentants des Organisations internationales,
Mesdames, Messieurs,  
Je voudrais souhaiter à nos illustres hôtes la chaleureuse bienvenue à Niamey et, leur dire combien le peuple nigérien, qui continue de porter avec ferveur les idéaux de solidarité et de coopération qui présidèrent à la création de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest(CEDEAO), se réjouit  de recevoir aujourd’hui la quatrième réunion du comité de haut niveau sur l’accélération du processus devant conduire à une monnaie unique pour les pays membres de notre organisation.
Je tiens à saluer et remercier mon frère et ami Faure Essozimna Gnassingbé, président de la république Togolaise, président en exercice de la conférence des chefs d’Etats et de Gouvernements de la CEDEAO qui a bien voulu honorer de sa présence cette importante réunion du comité de haut niveau, sur un des sujets majeurs de préoccupation en matière d’intégration de nos Etats : la monnaie unique.
Je voudrais saluer et féliciter le Président Alassane  Dramane Ouattara de la Cote d’Ivoire et le Président Muhamadu Buhari du  Nigeria, dont la participation à la Task Force autorise à penser qu’une grande impulsion sera donnée au processus d’intégration monétaire  de la CEDEAO.
Je tiens également à saluer mon frère et ami Nana Akoufo Addo Dankwah, Président de la République du Ghana, qui prend désormais la place de son prédécesseur, le Président John Dramani Mahama,   comme co-Président de notre comité.
Je voudrais enfin, saluer la présence parmi nous de Monsieur Marcel De Souza, Président de la Commission de la CEDEAO, dont la contribution à l’œuvre d’intégration au sein de notre organisation est bien connue.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Pendant que nous travaillons à renforcer l’intégration de nos Etats dans tous les domaines, des forces centrifuges et obscurantistes rament à contre-courant et cherchent à déstabiliser nos Etats par des actes de terreur et de barbarie.
Nous devons condamner fermement ces actes, et déplorer les pertes en vie humaine subséquentes. Les bilans terrifiants des récentes attaques et attentats survenus à Mogadiscio en Somalie, à Maiduguri au Nigeria, à Tonga Tonga et Ayorou au Niger sont une parfaite illustration du drame qui se joue dans nos pays.
A cet égard je vous invite à vous lever et à observer une minute de prière et recueillement à la mémoire des victimes de ces actes de terrorisme et de barbarie.

Je vous remercie
       

Excellences,
Mesdames et Messieurs,
En février 2015 se tenait ici même à Niamey, la 3ème réunion du comité de haut niveau sur l’accélération du processus devant conduire à la monnaie unique des Etats membres de la CEDEAO, à l’horizon 2020. Les contingences de calendrier ne nous ont pas permis de nous réunir en 2016.
Il importe de rappeler que le programme de la monnaie unique adopté en 1987, après que l’idée eut été lancée en 1983, a été relancé en 2007, par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement qui a demandé à la Commission de la CEDEAO de réexaminer le processus de l’intégration monétaire devant conduire à  la création d’une monnaie unique de la communauté.
La mise en œuvre de cette instruction a abouti, le 25 mai 2009, à l’élaboration et à l’adoption par le Conseil de Convergence, d’une feuille de route pour le programme de la monnaie unique de la CEDEAO, suivant une approche à deux vitesses avec comme principales échéances, 2015 pour la monnaie commune des Etats non membres de l’UEMOA organisés dans la zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), et 2020 pour la monnaie unique de la CEDEAO intégrant les deux zones.
A l’issue de l’évaluation de la mise en œuvre de cette feuille de route, le Conseil de Convergence, lors de sa réunion du 17 janvier 2014, a fait ressortir de nombreux défis qui exigent l’abandon de l’approche à deux vitesses, pour aller directement à la création d’une monnaie unique en 2020.
C’est dans cet esprit que le Sommet Extraordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, qui s’est tenu en octobre 2013 à Dakar au Sénégal, nous a  confié, le Président de la République du Ghana et moi-même, la lourde et exaltante mission d’impulser une nouvelle dynamique au projet de la monnaie unique de la CEDEAO.
Pour ce faire, nous avions alors convenu, de mettre en place chacun un comité d’experts dont la mission est de nous assister dans la conduite de ce projet, ainsi que de nous réunir de manière alternée au Niger et au Ghana, pour constater l’état d’avancement du programme.
Sous l’égide la commission de la CEDEAO, nous avons mis en place une Task Force composée des Ministres de Finances du Niger et  du Ghana, d’un représentant du Président du Ghana, d’un représentant du Président du Niger, du Président de la Commission de la CEDEAO, du Président de la Commission de l’UEMOA, des huit Gouverneurs des Banques centrales, du Directeur Général de l’Agence Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) et du Directeur général de l’Institut Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO).
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
La présente session, la quatrième du genre, devrait nous permettre de faire avancer ce projet, en capitalisant sur les différents constats auxquels nous sommes parvenus, en formulant des observations allant dans le sens de la réalisation de cette ambition forte de nos pays et, en veillant à ce que les Chefs d’Etat et de Gouvernement qui nous ont mandatés en soient régulièrement informés.
L’élargissement de notre organe de pilotage du processus de la création de la monnaie unique aux Chefs d’Etat du Nigéria et de la Côte d’Ivoire, que nous avons opportunément  sollicité et obtenu, constitue un atout fort qui nous permet de surmonter les obstacles que nous ne manquerons pas de rencontrer. Il s’agit là d’un renfort de poids et d’une avancée importante dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations de la Task Force.
Je dois reconnaitre que, le président Ouattara, de par sa formation et son parcours professionnel au plus haut niveau au sein des institutions monétaires les plus prestigieuses, est très au fait des questions monétaires. En effet avant d’être appelé à la magistrature suprême de son pays, il fut  Vice-Gouverneur puis Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest(BCEAO) et  Directeur du Département Afrique au Fonds Monétaire International(FMI), à des moments où les questions économiques et monétaires étaient au centre des préoccupations des dirigeants. Sa contribution peut être décisive dans l’accélération du processus d’intégration monétaire. 
Le président Buhari quant à lui, est un chef d’Etat avisé, réputé pour sa rigueur et son leadership en matière de prise de décision de gestion dans les situations les plus difficiles. Si j’ajoute le fait que mon frère et ami Nana Akoufo Addo est un économiste, un juriste et un avocat de renom, je ne peux qu’être optimiste  et avoir une confiance absolue sur la capacité de notre comité à produire les réflexions et proposer à nos pairs les décisions les plus appropriées sur les questions monétaires. Enfin je suis sûr que le leadership du président Faure Gnassingbé nous permettre de faire des progrès certains pendant son mandat à la tête de notre communauté. 
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Les trois précédentes rencontres, tenues alternativement à Niamey et à Accra, ont formulé des recommandations tendant à la rationalisation des critères de convergence en vue de les réduire et ou de simplifier les repères, à la rationalisation des institutions avec leur maintien en l’état tout en redéfinissant leurs rôles avant la création de l’Institut Monétaire de la CEDEAO, au financement, par la CEDEAO des activités inscrites dans la feuille de route.
La quatrième réunion de la Task Force devrait faire fonds de ces différentes recommandations pour aller vers les étapes futures de cette entreprise communautaire. Nous devons faire le point de la mise en œuvre effective de ces recommandations, réitérer celles qui n’ont pas fait l’objet de mise en œuvre ou qui l’ont été insuffisamment. C’est le cas de la question de financement par la CEDEAO des activités inscrites sur la feuille de route, de la rationalisation des institutions, du respect des critères de convergence ainsi que du renforcement du mécanisme de surveillance multilatérale.
La mise en place d'une union monétaire est à la fois une décision économique et politique. Les enjeux sont importants et les défis multiples et redoutables. Une monnaie unique, en réduisant les coûts des transactions, en faisant converger les taux d’inflation, et en assurant la transférabilité des capitaux, renforcera les échanges des biens et des services, amplifiera la croissance économique et donc la prospérité des peuples de chacun de nos pays.
Nous devons cependant aborder la question de l’échéance avec réalisme et responsabilité. Les remises en question répétitives des dates de l’avènement de notre monnaie unique, même si elles se justifient, peuvent développer une lassitude et installer un scepticisme dans l’esprit de nos concitoyens. Notre monnaie unique tant annoncée mais jamais au rendez-vous, ne doit pas être perçue, au mieux comme un signe d’impréparation, au pire comme un manque de volonté politique. La monnaie unique CEDEAO ne doit pas être « l’Arlésienne », toujours annoncée mais jamais arrivée.
Nous devons tout mettre en œuvre pour le respect de  la date de 2020, même si nous devrions commencer par une formule novatrice. Par exemple est-il possible d’envisager, suivant une approche gradualiste,  la création formelle par les Etats qui sont techniquement prêts en terme de convergence macroéconomique, d’une monnaie unique qui pourrait circuler comme une unité de compte à partir de 2020, dans un système de compensation dont la mise en place pourrait  provenir d’une harmonisation des systèmes de paiements ?Dans cette hypothèse, les transactions importantes entre les opérateurs économiques de la Communauté seront libellées dans cette monnaie, ainsi que la tenue de  leur  comptabilité. La circulation des signes monétaires pourrait intervenir à une date ultérieure et l’adhésion des autres états se ferait au fur et à mesure de leur aptitude à respecter les critères de convergence.
Du reste une telle formule a été expérimentée avec succès par les pays Européens, qui ont créé l’Euro à onze, comme monnaie unique Européenne, dès la 1er janvier 1999, en commençant par la mise en œuvre d’une politique monétaire unique et la fixation de manière irrévocable des taux de change des monnaies participantes, alors que la circulation fiduciaire ne fut effective qu’en 2002. Les autres pays ont rejoint progressivement au fur et à mesure de leur état de préparation.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Des cinq régions de l’Union Africaine, la CEDEAO apparait comme la sous-région la plus avancée en matière d’intégration économique. Elle enregistre des avancées significatives en matière de libre circulation des personnes et des biens, en matière d’harmonisation de politique et de mise en œuvre de programmes communautaires. A ce rythme elle apportera une contribution remarquable aux programmes continentaux de l’Union Africaine tels que le programme de la zone de libre-échange continentale (ZLEC) dont le projet de protocole est sur le point d’être finalisé. Elle doit continuer à jouer ce rôle d’avant-garde y compris sur le plan de l’intégration monétaire. En effet elle est la première organisation a adopté dès 1987, un protocole portant programme de coopération monétaire avec comme objectif une monnaie commune pour les Etats membres. Les autres organisations régionales  comme la SADEC n’ont fait que  lui emboiter  le pas. Elle se doit donc d’être la première à atteindre l’objectif d’une monnaie commune de manière effective.  
Je souhaiterais réaffirmer notre ferme volonté et notre foi pour le succès de cet objectif communautaire qui nous est si cher, parce qu’il est porteur de prospérité pour nos pays et rappeler ici, que notre démarche doit désormais reposer sur certaines convictions :
-la conviction que l’intégration monétaire doit reposer sur une volonté politique sans équivoque et un leadership des économies les plus fortes de la région; j’ai nommé le Nigeria, le Ghana et la Cote d’Ivoire. 
-la conviction qu’une bonne gouvernance, construite sur une politique budgétaire harmonisée et vertueuse et une politique monétaire prudente, est le gage de la confiance qui sera placée en notre monnaie;
-la conviction enfin qu’une libre circulation effective, des biens et des personnes, donnera à notre  monnaie toute sa valeur et sa dimension privilégiée à l’échelle du continent.
Pour terminer je vous laisse méditer cette citation attribuée au roi Guezo du Dahomey : « La jarre trouée contient l’eau qui donnera au pays le bonheur. Si tous les enfants venaient, par leurs doigts assemblés boucher les trous de la jarre percée, le pays serait sauvé ». Aujourd’hui c’est par l’intégration que nous boucherons les trous de la jarre percée.

Sur ce, je déclare ouverte la quatrième réunion du comité de haut niveau de la CEDEAO sur l’accélération du programme de la monnaie unique.

Je vous remercie de votre attention.

Moctar Ahameyed