Intervention de Son Excellence Monsieur MAHAMADOU ISSOUFOU, Président de la République du Niger, lors de la Conférence Internationale sur la Libye

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Mesdames et Messieurs,

 

Je voudrais saisir cette occasion pour remercier, au nom de la délégation qui m’accompagne et au mien propre, Son Excellence le Premier Ministre Giuseppe Conte, le Gouvernement et le peuple Italiens pour l’accueil chaleureux qui nous a été réservé et pour toutes les dispositions prises pour rendre notre séjour agréable dans cette ville de Palerme. Permettez-moi également de le féliciter pour avoir pris l’initiative de convoquer la présente conférence sur la crise qui sévit en  Libye depuis bientôt huit (8) ans.

 

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

La situation de crise grave qui sévit en Libye  a fait l’objet de plusieurs  initiatives qui n’ont, jusqu’ici, pas permis, malheureusement, d’y mettre fin. Au fur et à mesure que le temps passe, cette situation ne fait que se détériorer depuis 2011 et surtout depuis les élections législatives de 25 Juin 2014. L’Etat libyen s’est désintégré, les institutions se sont effritées donnant naissance à trois gouvernements, deux parlements, deux banques centrales, une armée non acceptée par toutes les parties, une myriade de milices et groupes armés qui contrôlent les principales villes et les transforment en cités-Etats.  L’absence d’un Etat central a favorisé l’implantation de groupes jihadistes ( notamment Daech, Al Qaeda, Ansar Al Charia)  qui, après leur défaite à Benghazi, Syrte, Sabratha, et Derna se sont éparpillés sur l’ensemble du territoire Libyen, particulièrement dans le Sud, frontalier avec le Tchad et le Niger, ce qui constitue une source de préoccupation pour ces deux pays. Aux groupes jihadistes s’ajoutent des groupes mafieux qui écument le Fezzan tandis que des affrontements tribaux entre notamment les Toubous et les Ouled Souleymane sont récurrents. Le pays est devenu donc le terreau de tous les trafics, notamment celui des migrants clandestins. Par ailleurs les récents combats qui se sont déroulés  à Tripoli, combats qui ont fait plus cent (100) morts et plus de cent (100) blessés, montrent que même dans la capitale la situation peut déraper à tout moment. Il semble qu’on dénombrerait environ deux cent mille (200000) hommes en armes dans le pays répartis entre 1200 milices.

 

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

          Face à cette situation qui se dégrade de jour en jour  depuis 2011 et partant de l’hypothèse que la solution de sortie de crise ne peut être que politique, un accord politique, celui de Sekhirat, a été conclu mais toutes les parties n’ont pu s’accorder pour sa mise en œuvre. En particulier, le Conseil Présidentiel mis en place et reconnu par la Communauté internationale  est contesté par le parlement de Tobrouk lui-même reconnu par la communauté internationale. Les travaux  d’adoption d’une nouvelle constitution et d’une loi électorale piétinent, hypothéquant ainsi la tenue d’élections dont l’organisation est par ailleurs conditionnée par les questions sécuritaires et le financement. Seul le recensement électoral semble être satisfaisant au regard du nombre des inscrits.

 

Mesdames et Messieurs,

 

           En dépit de multiples initiatives, la crise libyenne perdure entraînant des souffrances immenses pour le peuple libyen et pour les peuples des pays voisins, notamment ceux du Sahel où les menaces des organisations terroristes et criminelles ont été amplifiées par l’accès massif aux armes pillées dans les casernes libyennes. Nous devons réfléchir  sur les raisons de cet échec. Déjà, plusieurs raisons sont évoquées çà et là :

           -les ingérences étrangères,

           - l’organisation tribale de la société libyenne qui nécessite l’effacement des dettes de sang et des dettes d’honneur, dettes qui sont de première importance dans la société libyenne

           -la question de la représentativité  des différents interlocuteurs,

           -le climat de méfiance entre les différentes parties libyennes,

           -l’existence d’une multitude de milices armées rendant impossible la mise en œuvre de tout accord politique. Ces milices seraient déterminées  à défendre des avantages acquis.

          - l’inexistence d’une armée nationale.

                      

 

 

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

        Les peuples du Sahel, en particulier ceux des pays du G5 Sahel, veulent la fin du chaos libyen. Pour y arriver il faut identifier et lever tous les obstacles qui s’y opposent. Ce travail doit être fait par les libyens eux-mêmes. Pour cela nous proposons la tenue d’une conférence nationale de réconciliation à laquelle participeront :

-         Les responsables des institutions  étatiques actuels

-         Les principaux chefs des tribus,

-         Les responsables des partis politiques et les acteurs de la société civile,

Cette conférence se tiendra sur un ordre du jour minutieusement préparé. Cet ordre du jour pourrait comprendre à titre indicatif les points suivants:

-         La réconciliation nationale,

-         L’amendement de l’accord de Sekhirat,

-         La mise en place d’une armée Nationale unifiée,

-         Le désarmement des milices,

-         L’adoption d’un projet de constitution,

-         L’adoption d’un projet de loi électorale,

-         L’adoption d’un calendrier électoral et l’organisation des élections,

-         La mise en place des organes de transition et des textes fondamentaux régissant la transition,

-         La mise en place d’une force des Nations Unies  avec mandat offensif pour protéger les organes de transition jusqu’à la mise en place d’une armée nationale.

  Nous n’avons aucun agenda en Libye : notre seule préoccupation est de contribuer à la mise en place d’une solution de sortie de crise dans l’intérêt du peuple libyen, en restaurant l’Etat et en stabilisant le pays, ce qui permettra de contribuer à la sécurité des pays du Sahel.

 

                       JE VOUS REMERCIE

 

Moctar Ahameyed