Allocution de SEM Issoufou Mahamadou Président de la République du Niger à l'occasion de la conférence sur le financement du G5 Sahel

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Excellences Messieurs les Chefs d'États et de Gouvernements, Chers partenaires, Distingués invités, Mesdames, Messieurs Il y a juste deux jours, deux soldats Français de l’opération Barkhane sont tombés, victimes des mines posées par les terroristes et les trafiquants qui écument le Sahel et le Sahara. Ils viennent s‘ajouter aux nombreuses victimes civiles et militaires de cette tragédie qui se joue au Sahel. Rendons hommage à toutes ces victimes en observant une minute de silence. Je vous remercie.
Ils sont jeunes, très jeunes parfois, ces nombreux enfants du sahel, tous aujourd’hui prisonniers des rêves d’avenir meilleur mais qui virent très souvent au cauchemar. En effet, pour beaucoup d’entre eux, seules deux options possibles existent actuellement : celle "de mourir dans la mer plutôt que de mourir devant leur mère ", comme le disait un jeune migrant, ou celle de répondre à l’appel malveillant et manipulateur des groupes terroristes, en connexion directe avec les activités criminelles de trafics d'armes et de drogue.
Ebranlée par les conséquences du changement climatique comme l’illustre l’exemple du lac Tchad, meurtrie par le terrorisme et le crime organisé, aux prises avec une paupérisation grandissante de ses populations, à la fois zone d’origine et de transit de migrants, la région du Sahel constitue une source de préoccupations non seulement pour les gouvernements des pays qui la composent mais aussi pour la communauté internationale. C’est pour cette raison qu’elle a fait l’objet de plusieurs initiatives que nous avons décidé d’agréger dans une stratégie de sécurité développement durable visant à lutter contre le terrorisme et le crime organisé, à consolider la gouvernance, à bâtir des infrastructures, à renforcer la résilience des populations et le développement humain. Mesdames, Messieurs, Pour mettre en œuvre de manière efficiente cette stratégie, il fallait un cadre organisationnel couvrant toutes les dimensions : sécuritaire, politique, économique, et sociale. Ce cadre c’est le G5 Sahel. C’est conscient de la liaison étroite qui existe entre sécurité et développement, que ces cinq pays ont décidé, de mettre en place, sur le modèle de la Force Mixte Multinationale qui combat Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, une force conjointe et de concevoir un plan d’investissement prioritaire. Aussi saluons-nous la présente conférence que l’Union Européenne a généreusement décidé d’abriter et d’organiser en collaboration avec l’Union Africaine et l’Organisation des Nations Unies. Au nom du G5 Sahel, nous vous disons merci. Nous remercions également tous les autres partenaires bilatéraux comme multilatéraux pour leur participation à la présente rencontre. Mesdames, Messieurs, Depuis la création de la force conjointe, plusieurs avancées notables ont été réalisées en vue de la rendre opérationnelle notamment l’élaboration de son concept d’opération, la mise en place des différents Etats-Majors, la mise à disposition des bataillons, la mise en place récente d’un centre de fusion des renseignements, l’adoption des résolutions 2359 et 2391 du conseil de sécurité. A cela s’ajoutent les annonces de contribution de l’union européenne, de la France, des Etats unis, du Royaume d’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis, et des pays bas. J’en profite aussi pour inviter tous nos autres amis à nous rejoindre dans cette nouvelle dynamique enclenchée pour restaurer la paix et la sécurité au Sahel. Nous aurions voulu que les résolutions du conseil de sécurité des Nations Unis dote la Force Conjointe d’un mandat plus fort, sous le chapitre 7, pour créer les conditions juridiques d’un véritable engagement offensif. Nous espérons parvenir à brève échéance à nous entendre sur cette dimension plus adaptée aux enjeux de l’heure. Toutefois nous progressons avec le mandat actuel et apprécions à leur juste valeur les collaborations envisagées avec la MINUSMA et la force Française Barkhane. Mesdames, Messieurs, Il est important de souligner que le défi majeur auquel nous sommes confrontés ici, est de parvenir à assurer un financement non pas sporadique, mais pérenne afin de rendre durable et autonome cette force. Je fonde l’espoir que la présente « Conférence internationale de haut niveau sur le Sahel » y arrivera. Par ailleurs, je suis heureux de vous annoncer que le Sommet du G5 Sahel réuni à Niamey le 06 février dernier a apporté des solutions idoines aux questions politiques et financières.

Nous avons notamment levé l’obstacle que constituait l’absence d’un mécanisme clair et fiable de domiciliation et de gestion des fonds reçus des donateurs. Parmi les mesures prises, citons notamment la décision portant création d’un Fonds Fiduciaire pour la Force Conjointe du G5 Sahel, destiné à recevoir les contributions des partenaires. Un comité de soutien et un comité de contrôle impliquant les partenaires bilatéraux et multilatéraux sont également mis en place. Par ailleurs, au vu de la pression qu’exerce la crise sécuritaire sur les budgets respectifs de nos Etats, il y a lieu de réitérer l’appel, lancé aux institutions financières internationales, à considérer le surplus des dépenses sécuritaires comme une dépense exceptionnelle à exclure du calcul de leur déficit budgétaire. Il serait également souhaitable d’obtenir plus de souplesse dans l’appréciation de notre endettement, particulièrement en ce qui concerne les projets rentables et générateurs de croissance.
La crise libyenne a été le détonateur de la dégradation de la situation sécuritaire au sahel et elle contribue jour après jour à son amplification. Il faut donc mettre fin à ce chaos, en restaurant l’autorité de l’Etat Libyen sur l’ensemble de son territoire. Mesdames, Messieurs ; Pour s’attaquer au mal à sa racine, pour extirper de la région du Sahel les germes propices à une prolifération généralisée de la violence, pour éradiquer la migration clandestine et ses conséquences dramatiques, il faut promouvoir le développement durable et donc donner des perspectives d’avenir « in situ » aux jeunes de plus en plus nombreux qui arrivent sur le marché du travail. C’est aussi un autre objectif du plan d’investissement prioritaire, plan qui fera l’objet d’une table ronde des bailleurs probablement au mois de Juin, ici même à Bruxelles. Il s’agit d’intégrer judicieusement la dimension sécurité et la dimension développement et d’assurer une adhésion populaire solide à cette démarche, autrement dit assurer la consolidation de la fameuse trinité « peuple, gouvernement et armée ».
Dans cette perspective, nous nous félicitons de la tenue hier, ici même à Bruxelles, de la Conférence sur le renforcement de la confiance avec les populations au Sahel et le respect des droits de l’homme. Je me réjouis des conclusions importantes issues de cette réunion. Je voudrais réaffirmer solennellement l’engagement de l’ensemble des Etats du G5 Sahel à respecter et à faire respecter les droits humains dans le cadre des opérations de la Force Conjointe.

-- Mesdames, Messieurs

Nous devons agir résolument pour changer le visage de la région du Sahel ou courir le risque de voir cette partie du monde sombrer inexorablement dans la violence, le chaos. Le Sahel est la frontière avec l’Europe. Le Sahel est un bouclier, une digue qui ne doit jamais rompre. Cela donne tout son sens à l’affirmation selon laquelle la sécurité est un bien public mondial. Soyons à la hauteur des enjeux qui nous concernent tous car ils vont définir notre avenir à plusieurs égards. Transformons radicalement un foyer d'instabilité en havre de paix et de prospérité, faisons de la région du Sahel une référence mondiale en matière de coopération internationale réussie. C'est possible, c'est souhaitable, c'est nécessaire et ce sera profitable à tous.

Je vous remercie pour votre aimable attention.

Moctar Ahameyed