ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE A L’OCCASION DE LA SIGNATURE DU MEMORANDUM D’ENTENTE NIGER NIGERIA SUR L’EXPORTATION DU PETROLE BRUT DU NIGER.

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Monsieur le Président Muhammadu Buhari,

Cher Frère,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec un grand plaisir que je prends la parole et, à l’entame de mon propos, je voudrais réitérer à mon frère le Président Muhammadu Buhari et à l’ensemble du Gouvernement Fédéral du Nigéria, la gratitude du peuple nigérien, pour l’invitation qui m’a été adressée de co-patronner le présent évènement que constitue la signature, par nos deux Ministres en charge du pétrole, d’un mémorandum d’entente et l’installation des comités techniques et de pilotage du projet d’exportation du pétrole brut de la République du Niger vers le Nigéria et la construction d’une raffinerie au Nigéria dans une ville non loin de la frontière entre nos deux pays.

  Permettez-moi, tout d’abord, de vous remercier, Monsieur le Président,  pour l’accueil si chaleureux et fraternel qui m’a été réservé ainsi qu’à la délégation qui m’accompagne.

La signature de ce mémorandum constitue une étape importante dans la consolidation des bases d’une coopération bilatérale mutuellement bénéfique et dont le potentiel est immense.

Aussi me plaît-il de rappeler les liens très forts qui unissent nos deux pays et nos deux peuples, liens nourris par une longue histoire commune et par la géographie.

Du point de vue historique nos pays partagent l’héritage commun de grands royaumes et empires qui se sont succédé dans la zone géographique allant du Mali aux confins du Tchad, du désert du Sahara à l’océan Atlantique. Nous sommes tous héritiers de l’empire du Mali, de l’empire de Gao, de l’empire de Sokoto, de l’empire du Kanem-Borno, des royaumes yoroubas, des royaumes Haoussa etc.

Du point de vue géographique nous partageons plus de 1500 kilomètres de frontière commune et nous avons en commun le fleuve Niger, l’un des fleuves les plus longs du monde, qui traverse nos deux pays et dont ils tirent leurs noms : Nigeria pour l’un et Niger pour l’autre. Du reste les habitants de deux pays ne sont-ils pas  appelés tout simplement « Nigériens » en Français et « Nigerians » en Anglais. C’est dire que nous sommes un et même peuple, juste divisé de manière artificielle par le hasard de la colonisation.   

Il vous souviendra, Monsieur le Président et Cher frère, de cet engagement que nous avions pris d’élargir et de raffermir davantage nos relations historiques de coopération et d’amitié dans tous les domaines et de reconstruire progressivement ce que le hasard a déconstruit, c’est-à-dire notre unité.

Dans ce cadre, nous venons aujourd’hui de co-présider la signature d’un mémorandum d’entente extrêmement important, résultant d’une expression partagée de faire le chemin ensemble dans une nouvelle dimension de notre coopération économique.

Il s’agit d’étudier les possibilités techniques et financières et de réaliser les infrastructures nécessaires pour le transport et le raffinage, du pétrole brut produit au Niger, dans une raffinerie du Nord du Nigéria, valorisant ainsi nos matières premières en les transformant sur place au lieu de les exporter brutes, tout en renforçant  les liens fraternité, de coopération et d’intégration de nos économies respectives.

C’est l’occasion pour moi de partager ma conviction profonde qui est que l’Afrique ne pourra jamais se développer de manière significative tant qu’elle reste simple pourvoyeuse de matières premières pour les autres continents et tant qu’elle reste balkanisée tel un miroir brisé avec 55 Etats et plus de 80 000 kilomètres de frontières. Il nous faut à la fois développer l’industrie et accélérer le processus de notre intégration. L’Union Africaine l’a si bien compris en lançant le programme de Zone de Libre-Echange Continentale, dont j’ai accepté la lourde, mais exaltante charge, d’être le champion et en adoptant les autres programmes de développement du continent tels que le Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique (AIDA), le programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA),le programme détaillé de développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA), la vision Minière Africaine (VMA) et le plan d’action pour l’intensification du commerce intra-africain (BIAT).

D’autres programmes d’intégration régionale tout aussi prometteurs sont en cours au niveau de la CEDEAO notre organisation sous régionale d’intégration: c’est le cas du programme de la monnaie unique qui a connu ces derniers temps une avancée significative, c’est le cas du programme d’interconnexion des réseaux électriques WAPP, c’est le cas du programme de chemin de fer que nous nous proposons de construire en commun avec 7 autres pays, c’est le cas du programme routier régional dont l’autoroute Lagos Dakar constitue un maillon essentiel, et bien entendu le programme de libre circulation des personnes  et des biens.

C’est dire que nous savons ce qu’il faut faire pour réussir l’intégration du continent. Il ne reste qu’à passer à l’action.  La signature de ce mémorandum constitue un pas important dans ce sens. Il conforte à la fois ces grands programmes continentaux et régionaux et notre volonté commune de renforcement des liens de coopération entre nos deux pays frères.

 Le projet que nous initions aujourd’hui me  rappelle une initiative similaire intervenue entre nos deux pays dans les années 1970 et je m’en voudrais de ne pas la rappeler : Il s’agit du projet d’alimentation du Niger en énergie électrique à partir du barrage de Kainji, projet qui a permis au Niger de bénéficier très tôt des avantages de l’énergie hydraulique alors qu’il ne disposait d’aucun barrage.

En engageant nos pays dans ce projet commun, nous faisons œuvre de pionniers en matière de développement de chaines de valeurs de nos productions locales et en matière de promotion des investissements privés trans-étatiques, apportant ainsi une contribution significative à la vision de l'Agenda 2063 de l'Union Africaine, «d’Une Afrique intégrée, prospère et pacifique, conduite par ses citoyens et représentant une force dynamique sur la scène mondiale».

Première économie du continent le Nigeria est le leader naturel du processus d’intégration continentale. Nos peuples attendent du Nigeria qu’il affirme son leadership et qu’il soit à l’avant-garde de toutes les initiatives visant à faire de l’Afrique ce continent intégré dont différentes générations ont tant rêvé.

Je fonde également l’espoir que ce projet qui concrétise une affirmation de ce leadership, ne sera qu’un parmi tant d’autres et que nous aurons l’occasion de témoigner d’autres initiatives de ce genre, toujours sous le leadership du Nigéria, au niveau régional comme au niveau bilatéral; le potentiel est là, que ce soit dans l’Agro-industrie, les Mines, l’Energie, le Transport, les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, ou le Tourisme.

La nécessité de l’intégration de notre continent et les avantages qu’on peut en tirer sont parfaitement illustrés par cette citation attribuée au roi Guezo du Dahomey : « Si tous les enfants de la nation venaient, par les doigts de leurs mains assemblées, boucher les trous de la jarre percée, le pays serait sauvé ».

 

Monsieur le Président

Pour donner un corps opérationnel à ce mémorandum, nous avons décidé de mettre en place deux organes chargés de sa mise en œuvre. Un Comité de Pilotage qui aura pour mission de veiller à la mise en œuvre des grandes orientations contenues dans ce mémorandum et un Comité Technique qui aura la charge de sa mise en œuvre opérationnelle.

La qualité des représentants et d’experts qui les composent traduit, notre réel et profond désir d’atteindre les objectifs fixés dans les meilleurs délais et conditions possibles.

Ces objectifs sont :

-         Développer et renforcer la coopération entre de nos deux pays;

-         Garantir à nos populations de meilleures conditions de vie et de sécurité;

-         Promouvoir et développer davantage les investissements privés nationaux et internationaux.

 

Il est naturel que je puisse exprimer, aujourd’hui, toute ma satisfaction de voir dans les toutes prochaines années, nos deux pays fêter le premier baril de pétrole brut sorti du Niger et exporté vers le Nigeria.

Les retombées pour nos deux peuples sont considérables. Ce projet est créateur d’emploi, générateur de revenus et d’opportunités pour les citoyens de nos deux pays. Il est un facteur important de renforcement de liens politiques, économiques et sociaux que nos deux pays se sont engagés à développer en mettant sur pied la Commission Mixte Nigéro- Nigériane de Coopération et en la dotant d’un secrétariat permanant faisant d’elle un modèle de coopération bilatérale réussie.

Ce projet offre au Niger une perspective d’un marché sûr et fiable, à proximité de sa frontière, une garantie certaine contre les fluctuations de la demande des produits pétroliers sur les marchés internationaux ainsi que la fierté de contribuer à la résolution du sempiternel problème de rupture d’approvisionnement en produits pétroliers raffinés dans le Nord du Nigéria.

 

Monsieur le Président

Le Niger, est juste à ses débuts en matière de production de pétrole avec une première phase de vingt mille barils par jour lancée en novembre 2011, pour alimenter une raffinerie locale. Il  n'a pas comme le Nigéria une longue expérience dans le domaine avec le niveau de production que vous avez, mais son potentiel est énorme et il ambitionne d’atteindre un niveau de production de plusieurs centaines de milliers de barils par jour avec des découvertes déjà réalisées et des perspectives de découvertes de pétrole dont regorge son sous-sol. En effet en plus du bassin d’Agadem qui est bien connu il existe de fortes opportunités dans les bassins du Ténéré, des Illumenden et du Djado.

La signature de ce mémorandum d’entente participe de la mise en œuvre de la deuxième phase qui concerne une production supplémentaire et l’exportation de 60 000 à 90 000 barils par jour.

Aussi voudrais-je, Monsieur le Président et Cher frère, vous exprimer ici, mon souhait ardent, celui de voir se réaliser ce projet, dans des délais les meilleurs, et je note avec satisfaction que les structures que nous avons décidé de mettre en place ont pris toute la quintessence et la mesure de la mission qui leur est confiée.

Je suis également rassuré, confiant et optimiste car vous serez à nos côtés pour nous faire bénéficier de cette expérience et de cette expertise avérée du Nigeria dans la production, le raffinage et l’exportation du pétrole et ce projet commun constitue une bonne opportunité.

Engageons-nous donc ensemble dans cette aventure et que Dieu bénisse nos deux peuples et nos deux pays.

 

Vive la coopération interafricaine.

Vive la coopération nigéro-nigérienne.

 

Je vous remercie

Abuja, 24 juillet 2018

 

Moctar Ahameyed